coeur de sya

Mon séjour au Burkina de Novembre 2009 à Janvier 2010

 Bobo 7 Décembre 2009

 

 Le départ dans le petit matin gris à Montpellier fut sans histoire.... Ce n'est qu'à l'aéroport de Roissy, en retrouvant Dominique, venue de Genève, et Laure, qui habite à proximité, que je commence à prendre effectivement la mesure de la réalité de cette nouvelle aventure de formation pour nous cinq !!Je frémis de plaisir dans cet espace clos que j'affectionne tant, car le monde s'y croise, dans sa réalité. Ici, dans le concentré de cette bulle, il prend sa véritable dimension : il est minuscule !! J'en suis toute grisée. L'arrivée à Ouaga est identique à toutes les arrivées précédentes : très formelle avec carnet de vaccination, fiche d'identification, passeport et visa. Mais si détendu en fait. Ensuite, là-bas, dans le confort très africain de l'hôtel, nous nous apprêtons à nous lancer dans le troisième épisode de la formation après avoir franchi les 350 kilomètres règlementaires jusqu'à Bobo, lieu de nos prestations.

 

 

8 Décembre : 

Ce matin j’ai pu enfin découvrir les nouveaux locaux d’AED.
 C’est harmonieux, paisible, mieux adaptés aux besoins de cette population grandissante…..      Et quel plaisir à chaque fois pour ces retrouvailles, avec l’équipe, les femmes les bébés qui sont là !!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

12 Décembre :

 

Hier c’était la fête nationale au Burkina, avec remise massive de médailles à….ceux qui le méritent et aussi un peu tous et n’importe qui!
Deux soirs avant, avec David, le neveu de Christine, nouvellement arrivé de Côte d’Ivoire, nous avions
filé à la Maternité Guimbi, à l’annonce de la naissance du bébé de Cécile. C’est un gros garçon de 4 kg, visiblement « sonné » par sa naissance
difficile. Nous ramenons le nourrisson etsa  mère en voiture, non loin de là, dans la concession de la belle-famille de Cécile.
En pénétrant dans la cour,dans le fond, à droite, je crois voir un large matelas blanc, et alors que je m’étonne d’une éventuelle  tradition de la parturiente et de son nourrisson dans la cour, je me rends rapidement compte que c’est une pierre mortuaire toute blanche sur laquelle se trouve dessinée une croix bleu ciel (couleur de la Vierge).
Nous sommes accueillis par une vieille de la famille qui vient nous féliciter,puisque nous représentons
la famille de la jeune accouchée.

Des enfants viennent s’asseoir derrière le banc  où nous sommes assis, sur la fameuse tombe qui sert aussi d’aire de pique-nique à certains d’entre eux.  Au fond, de l’autre côté, les cuves des dolotières nous attendent, et Bernard, venu nous rejoindre, nous offre un litre de dolo à se partager dans la calebasse rituelle. Evidemment, ce n’est pas une coupe de champagne, mais tout de même c’est une belle célébration pour cette venue au monde  dans la soirée naissante  bobolaise. La jeune mère, épuisée par un accouchement difficile se retire avec son poupon joufflu dans les bras.

8 Janvier 2010

 Finalement nous y sommes allées à Gaoua, la ville des lobis, région sauvage, enclavée, furieusement ancrée dans sa culture originale, jalousement gardienne des traditions. Nous avons traversé les villages à l’architecture unique, visité le musée de mademoiselle Père, assistante sociale amoureuse de ce pays, avons rendu visite au fameux féticheur qui a défrayé la chronique en se rendant en Allemagne avant d’être rejoint par ses fétiches. Et nous nous sommes risquées à explorer le royaume des rois Gans et leur nécropole immuable qui retrace leur traversée du temps jusqu’à nous.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et aussi j’ai pu aller les contempler, les ruines de Loropéni tout fraichement inscrites au patrimoine mondial par l’UNESCO. Elles sont  constituées de murs de moellons latéritiques et de blocs de pierres sauvages de près de cinq mètres de haut, ceinturant un grand établissement abandonné. Selon une datation récente, elles remontent au XIe siècle et ont connu une période florissante entre les XIVe et XVIIe siècles.

 Les bâtisseurs de ces forteresses, des recherches récentes les attribuent plutôt aux populations Koulango, un peuple aujourd’hui écartelé, à cause du partage aléatoire par les colonisateurs, entre le sud-ouest du Burkina et la région de Bouna au Nord-Ouest de la Côte d’Ivoire.

Celles-ci extrayaient et transformaient l’or dans la région. Les ruines du lobi occupent un espace géographique réparti aujourd'hui entre le Burkina Faso, la Côte-D’ivoire et le Ghana. Elles se situent ainsi toutes en zone soudano-guinéenne et constituent les témoins matériels d'une civilisation régionale à un moment donné de son histoire. Cet ensemble culturel a été tailladé par la colonisation anglaise et française à la fin du XIXe siècle et réparti artificiellement entre les trios pays précités. La dernière occupation du site se situe au XVIIe siècle. Les recherches ont confirmé que depuis très longtemps, des caravanes reliaient cette région aurifère aux villes commerçantes de la Boucle du Niger comme Djenné, Mopti, Tombouctou en passant par Bobo-Dioulasso. Du reste, l’érection de ces remparts fortifiés est une réponse à l’insécurité engendrée par l’exploitation aurifère. En effet, Loropéni est un système de défense conçu par ceux qui y vivaient pour se protéger d’éventuels assaillants.

 

 

 La vieille aux boutons de bouche:

Elles sont en train de disparaitre ces vieilles avec leurs trous au-dessus et au-dessous des lèvres qui permettaient aux maris de leur clouer le bec si elles n'avaient pas été sages. Les filles lobi, sauvages comme leurs aïeules refusent maintenant ce traitement. Celle-ci s'est laissée photographier sans problème

Et c’est à ne pas le croire !!! Le temps a filé sans nous concerter. Nous avons rejoint Bobo pour y célébrer Noël en famille, avec les enfants. Nous y avons attendu la fin de l’année pour y voir naitre l’année 2010, dont j’espère qu’elle sera meilleure. Sur cette terre bobolaise, j’y vis la nostalgie de souffrir l’absence de celui qui repose maintenant sous cette terre qu’il aimait tant ; il n’a pas vu naitre ce jour du 4 Décembre où il aurait eu 51 ans.

 

 De grands moments de partage aussi sont passés, dans la douleur nostalgique d’un passé qui ne sera plus...Ici, dans la douceur de la case ronde de  ma chambre d’hôtel,  je m' abandonne à la nostalgie, au chagrin. Refermée sur moi-même, je retrouve mes forces avant de prendre mon élan vers cet autre monde, blanc et froid qui m’attend là-bas.

                 

 


Me voici dans ma parenthèse entre mes deux mondes, celui, blanc et froid de mon origine, et l'autre, ardent et passionné, si dur aussi.
Et finalement tous ces mots me paraissent si fades en comparaison de l’intensité de la vie là-bas.

La vie avec  toutes ses douleurs, tous ses paroxysmes. La vie quoi…..

 


 

« Il faut avoir un chaos en soi pour accoucher d’une étoile qui danse » écrit Nietzsche.

Est-ce dans ce pays que se trouve mon étoile ? Dans le chaos du désespoir de ce pays toujours debout malgré tout??

Des étoiles qui dansent, j’en ai plein les yeux quand j’y pense………

Normal 0 21



Publié à 19:06, le 14/03/2010, Bobo-Dioulasso
Mots clefs : Loropeni;lobisGaouachaos
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SEJOUR A BOBO NOVEMBRE-DECEMBRE 2008

 Premier épisode

  Ce 20 Novembre :

L'harmattan s'est mis à souffler ce matin, la saison change....

La poussière va commencer à nous envelopper, elle va s'insinuer, s'immiscer dans nos vies, nul ne peut l'éviter, elle rougeoie dans les foyers, sur les peaux, elle semble nourrir les êtres et les végétaux ; c'est ainsi, depuis treize années, je la retrouve, c'est ma complice, je crois qu'elle me rassure. Pourtant, elle oblige chacun à la combattre pour ne pas se laisser envahir ; il faut frotter, torchonner, laver, se laver pour émerger, se sentir vivant et victorieux.

Elle révèle la pauvreté de ceux qui peinent à acheter du savon, à avoir de l'eau dans leurs bidons qu'ils transportent depuis les pompes à eau installées dans les quartiers pauvres. Ici, ce n'est pas qu'on ne se lave pas, c'est que chaque action de propreté est une épreuve, un exercice compliqué et coûteux, on souffre sans le savoir parce qu'on n'a pas le temps d'y penser, il faut survivre...


Ce 21 Novembre :

         Ce matin, au siège, Mahi était énervée ; en arrivant je l'entendais, elle et ses compagnes les conseillères palabrer de leurs voix fortement incarnées. Elle m'a alors expliqué son découragement d'avoir appris que l'ado infecté dont elle s'occupe et pour lequel elle est  souvent allée assister à sa prise de médicaments ne prenait plus son traitement : il a maigri, elle s'inquiète, elle qui lutte si courageusement contre sa propre infection pour aussi aider les autres.... Je l'ai rassuré comme j'ai pu, essayé de trouver les mots pour illustrer ce passage difficile à l'adolescence qui s'illustre tellement souvent au décours de cette maladie. Bon, la pression est un peu retombée et nous devons reprendre ça lors d'une causerie...

Et puis, après quelques mèls urgents, voilà que la connexion internet s'est interrompue, les dépanneurs potentiels n'étant pas à leur poste, j'ai aidé  Jacques à peaufiner le discours du 1er Décembre, journée internationale du SIDA, dans le gouvernorat, peut-être par le gouverneur lui-même ? On ne sait pas, mais on  l'a terminé ensemble !!

 

         La triste nouvelle est arrivée ce matin. Mahin, ma sœur iranienne s'est éteinte après avoir lutté durant six ans et demi contre son cancer. La tristesse ne peut se décrire, elle est infinie, même dans ce pays où pourtant la mort rôde à chaque tournant. J'ai partagé ça avec mes enfants là-bas, en France, par téléphone et par texto, et avec Christine ici ; et aujourd'hui il m'a semblé que le soleil brillait moins fort que les autres jours.

Ce Dimanche passé avait été une de ces journées tellement remplie...Le matin, rendez-vous avec l'association  « Musow jigisime » Espoir Cancers Féminins ; puis au sortir de la réunion, visite à Aïcha, présidente fondatrice de cette association, alitée et bien abattue par la récidive de son cancer qui gagne inexorablement.

Enfin, Solange, avec qui je me déplaçais depuis le matin a fait une brève incursion au baptême de la petite Julie, la fille d'Adrien, puis elle m'a faussé compagnie pourcause d'emploi du temps surchargé J'ai donc profité pleinement de ce baptême à l'africaine, découvrant le nourrisson de trois mois, qui  passait placidement dans les bras des vieilles, regroupées sur des tapis dans le salon tandis que nous, tous les autres invités occupions des sièges dans la cour, sous l'ombrage des manguiers. La musique faisait rage dans cette cour, mélangeant les genres de musiques traditionnelles et vieux succès des années 70. Le papa était heureux, lui le vieux célibataire endurci qui désespérait tout le monde de ne pas se marier un jour. Le voici père de deux jolis enfants, Son fils Maxime monté sur pile durant toute la fête, aussi excité tandis que sa petite sœur faisait preuve  d'une placidité surprenante.

Vendredi soir nous avions visité la parcelle de terrain quasiment acquise par AED grâce à notre aide, et si elle nous a semblé éloignée, nous avons pu constater qu'elle se trouve dans un quartier en plein développement, non loin de l'hôpital pédiatrique, de l'université, et d'un centre de santé communautaire de secteur. Il manque encore des actes signés par la mairie qui libèreront enfin la procédure interminable mais nécessaire pour que de mauvaises surprises  de voir surgir d'un coin de brousse des propriétaires potentiels disparus ou ignorés depuis des lustres, soit évitée. Car, comme le disait un illustre africain,  « les blancs ont la montre, alors que nous nous avons le temps », et ici cela se vérifie tous les jours.


















Ce mercredi 26 Novembre :        

         Me voici avec Christine à la MAS, « Maison des Associations de lutte contre le Sida » Une certaine activité y règne pour préparer le 1er Décembre, la journée internationale. Un grand défilé est prévu, et nous pensons nous y associer.

Christine, elle, fraichement rentrée de Paris sera à Dakar pour une conférence dont il est inutile que je précise le thème.....

Jeudi 27 du même mois :

         Aujourd'hui c'était la journée des enfants à AED. Le rituel est le même : trois groupes d'âge pris en charge dans la cour, activités d'éveil pour les petits, tentative de soutien scolaire pour les plus grands. Tenues vestimentaires plus ou moins en état pour tous, et frimousses à craquer pour la plupart .Thérèse, en charge du groupe des tout-petits est folle de joie ; elle m'entraine dans le local pour me montrer le petit carton de jeux pour ses loupiots,,qu'ont apporté les jeunes québécois en visite ce matin. Nous nous réjouissons ensemble de cette bonne aubaine, et revenons dans la cour où elle préside au lavage des mains des enfants : un seau d'eau savonneuse avoisinant un seau d'eau claire pour le rinçage, le tout avant de recevoir le rituel repas communautaire qu'on mange avec les doigts. Aujourd'hui c'est du « to » sauce « feuilles ».

 Et puis ce soir j'ai fait la connaissance de Minata, la filleule de Mireille, fraichement inscrite à l'Université grâce au parrainage -bien augmenté- de sa marraine. Minata est fine, charmante dans son uniforme bleu marine et beige, et elle me raconte sans se faire prier son long périple besogneux jusqu'à l'obtention de son bac, contre l'avis de son père, traditionnel dans l'âme mais incapable de subvenir au moindre des besoins de ses enfants. Elle me parle aussi de sa mère, séparée de son mari après un mariage forcé qui lui a donné cinq enfants et qu'elle a dû élever tant bien que mal après la rupture. Elle a soutenu et encouragé sa fille tant qu'elle a pu dans ses études, mais Minata a dû travailler pour survivre depuis la sixième. Elle parle de miracle, concernant sa rencontre avec Christine, à une époque où elle était désespérée de ne pouvoir poursuivre sa route, et de la reconnaissance vis-à-vis de sa marraine qui lui permet de poursuivre ses études envers et contre tout.

C'est encore un de ces moments où il devient évident que nous devons continuer nos actions, Minata et d'autres encore en sont la preuve vivante.

 

Vendredi 28 Npvembre :

         Hier soir nous avons fait un dîner aux chandelles à la maison, avec les enfants, Christine repart aujourd'hui pour Dakar. Elle avait invité Clarisse, une petite rwandaise en stage à la « tripano » de Bobo. Clarisse, future vétérinaire, fréquente la prestigieuse école vétérinaire de Dakar qui reçoit des étudiants d'une vingtaine de pays africains. Elle le dit elle-même, c'est une superbe école de vie, ça ouvre l'esprit de découvrir autant de différences  culturelles. Elle est vive, enjouée et nous avons longuement parlé de la culture rwandaise si particulière. Et puis bien sûr du génocide rwandais qui a laissé tellement de stigmates. Quelle famille  a été épargnée ?? Nostalgie, je songe à Mahin et à son pays victime aussi de la bêtise et la cupidité dont, non plus, les pays occidentaux ne sont pas exempts...ni innocents......



 Et puis ce matin, je suis passée à AED où Oho, telle une petite souris active et silencieuse était en train de cueillir les plans de feuilles devant servir à la préparation des repas . Ici, la nourriture rassure, certains seront protégés de la malnutrition, du moins tant que dureront ces actions solidaires...



  EN PASSANT PAR BOBO DIOULASSO 2ème partie

  Le 1er Décembre :

         Nous avons défilé ce matin pour cette journée internationale. Le cortège partait de l'espace devant la belle gare de style saoudien, il remontait la voie pour rejoindre le gouvernorat, sur l'avenue du général de Gaulle en passant par la place de la Nation. Ils étaient venus nombreux, avec leurs banderoles, toutes les associations avec leurs tee shirts portant logos et slogans pour la lutte contre la vilaine maladie  J'ai rapidement retrouvé le groupe d'AED qui m'a immédiatement absorbée ; nous avons chantés et dansé tout du long ; des chansons d'espoir, des invocations à la vie. Notre groupe était le plus animé, le plus vivant. Je retrouvais ça et là des connaissances perdues de vue depuis certains temps, c'était bon.


Nous avons terminé au rythme de la fanfare militaire, et avons dû nous mettre en rang pour entrer dans le parc de la résidence. La plupart de mes compagnons de marche se sont mis  à avancer en cadence militaire. Même à l'arrêt ils mimaient le pas mécanique et discipliné...un relent de colonialisme qui m'a  à peine amusée et plutôt attristée. Et puis il y a eu les indispensables discours sur le perron de la maison du gouverneur.....

  Mais la nature a repris le dessus et nous nous sommes ensuite rendus à la MAS (Maison des Associations de lutte contre le Sida), et la musique a fait rage (à l'habitude) tandis qu'on nous servait des bassines de riz délicieux et bien gras, à manger avec la main (droite, comme il se doit) le tout agrémenté d'une boisson fraiche : Coca, Fanta orange, bière, Sprite, au choix.

 

Le 2 Décembre :

         Après une pause avec sieste bien gagnée (je n'avais dormi que 4 heures la nuit précédente), hier je suis retournée à la MAS en fin d'après-midi. Là, une grande soirée culturelle nous attendait. Nous avons eu droit à de la musique traditionnelle, du théâtre, des contes, des chanteurs multiples: variété, rap, chant traditionnel, le tout sur le thème du VIH ; les problématiques de la désinformation, de l'exclusion, la négligence de protection (« oubli de la capote), le drame dans les familles où arrivent, avec la maladie, les grossesses non désirées. Quasiment tous les thèmes  ont été abordés. De véritables odes à la vie ont été interprétées, un long poème chanté et déclamé sur le thème de la solitude en fin de vie d'un porteur du VIH a remporté beaucoup de succès.

Tout au long des prestations, des préservatifs furent distribués, jetés à la volée dans l'assistance nombreuse et plutôt jeune venue assister au « show ». Le tout s'est passé dans une ambiance exceptionnelle, avec une aisance et un naturel qui rendaient faciles des évocations plus intimes de la maladie. En matière de sensibilisation et de prévention, je persiste à dire que nous, les occidentaux, nous avons des maitres, ici, en Afrique...On ne peut pas être le meilleur partout n'est-ce pas ??

Ce matin, au café, avec Antoine, mon ami éducateur de rue, nous avons décidé d'aider Mariam, la petite bonne de Christine, à déclarer son bébé à l'état civil. Mariam vit dans un milieu misérable et le père de l'enfant refuse de le reconnaitre. Le petit Joël, 4mois maintenant n'a toujours pas d'existence légale. Il semble que la Croix Rouge a décidé d'aider les nombreuses mères dans ce cas ,à régulariser la situation  Et du même coup Antoine va nous procurer des feuilles d'une plante qui doit soigner la vilaine maladie de peau que nous avons découverte sur la tête de Mariam quand elle a enlevé le bonnet qui recouvrait sa tignasse  depuis mon arrivée...

Voilà un début de journée ordinaire.

 Maintenant je dois foncer à l'hôpital où Alexis, l'anesthésiste vient de me donner rendez-vous pour programmer une projection-débat sur un de mes films concernant la fin de vie et l'éthique.

 

13 Décembre, il est très tard :

         Les journées se succèdent, remplies de mille et une petites choses, et surtout de rencontres, visites impromptues de personnes qui passent pour saluer « c'était un simple bonjour-bonsoir ». Trois petits mots et puis s'en vont...Pour la Tabaski nous sommes parties, Sylvie, Maryse et moi avec les enfants pour la cascade de Banfora. C'est un endroit merveilleusement reposant et rafraichissant dans ce pays plutôt sec. Les plantations de canne à sucre et les bananeraies évoquent déjà la Côte d'Ivoire foisonnante toute proche. Nous avons traversé la zone de la « SOSUCO », société sucrière du Burkina ; on y longe un chemin qui parait goudronné, tant la mélasse, déversée lors du transport de la canne à sucre, s'amalgame à la terre latéritique. Notre pique-nique se composait d'ignames bouillis accompagnés d'une sauce tomate pimentée à souhait, et d'une gourde d'eau fraiche. Nous y avons rencontré un groupe de commerçants libanais, venus là-haut avec le barbecue et le narguilé. J'ai pu ainsi, là-haut, au fin fond du Burkina, fumer à la pipe à eau du tabac à la pomme, tout en devisant sur les problèmes du Moyen Orient avec le responsable  du marketing, fraichement arrivé à Bobo. Le monde, notre monde, n'est vraiment pas si grand, je continue à le penser.

Nous sommes rentrées de cette escapade, remplies d'énergie et de bien-être. Au retour, le bord des routes s'étaient remplis de villageois sortant au coucher du soleil dans leurs atours de fête après une journée passée à boire et à manger les uns chez les autres.

Caroline est arrivée le 9, après avoir espéré vainement un bus de  Ouaga le jour de la fameuse fête musulmane que chacun s'empresse de fêter, même quand il n'est pas de la religion. Christine est arrivée de Dakar au bus suivant crevée, un jour avant sa date prévue de retour. Du coup, la maison s'est remplie à nouveau et les enfants semblent vraiment heureux

Finalement, pour le 11 Décembre, jour de la fête de l'Indépendance (les indépendances africaines se sont passées autour de ces jours-là de Décembre en 1960) nous en avons profité pour nous reposer, discuter, se tresser, et aussi beaucoup rire de tout et de rien. C'est comme ça ici, on mange, on boit, on est ensemble, ça approche le bonheur.

 

Dimanche 14 Décembre :

         Hier la journée fut bien remplie, après une incursion à AED où de nombreuses femmes et enfants attendaient le repas communautaire, nous étions attendues chez Adrien, le patron de l'hôpital de Jour pour un repas en l'honneur de sa petite Julie, baptisée récemment. Auparavant j'avais dû aller avec la voiture de Christine récupérer Koroba et Thérèse qui avaient accompagné en urgence les jumeaux (j'en ai parlé dans mon journal de 2004) qui souffraient d'une forte fièvre. Nous avons dû ensuite gagner le quartier populeux où ils vivent, en subissant les rues défoncées après la saison des pluies. Puis je suis retournée à AED accompagner les filles avant de me rendre à mon invitation. Ensuite, nous sommes reparties à AED où nous attendait une petite cérémonie pour la remise de dons en nature : sucre, riz, maïs, pâtes, savon, par les « While Inner » autrement dit les épouses des rotariens. La cérémonie, bien que solennelle fut simple et remplie d'émotion, les enfants disciplinés et talentueux à souhait. Madame le Gouverneur nous a honorés de sa présence chaleureuse, pleine d'attentions pour les enfants ; nous avons appris depuis qu'elle a perdu son enfant unique, et avons mieux compris depuis l'émotion qu'elle donnait à voir ce jour-là. Un moment important pour tous.



Ce matin, Christine a cuisiné pour nous, et Caroline a pu ainsi goûter au « to » le plat traditionnel du Burkina, elle l'avait accompagné d'une sauce aux  gombos frais gluante et savoureuse à souhait. Caroline a bien aimé (c'est rare pour les blancs)  c'est un gage de bonne intégration. Auparavant nous étions allées auprès de l'association « Espoir Cancer Féminin » pour  une projection suivie d'un débat sur le thème qui m'est particulièrement cher, celui de l'accompagnement. Les deux Diallo Ami, présidente de Maïa et Ramata, ma consœur étaient présentes, et le débat fut assez constructif d'autant qu'Aïcha, la présidente-fondatrice est en train de se débattre contre une récidive très agressive de son cancer et que l'urgence d'organiser l'accueil des malades en fin de vie se révèle une réalité.


Après un passage au cyber où la connexion fut laborieuse, nous nous apprêtons à aller boire un verre avec Maryse rentrée de  Ouaga et bien décidée à se faire adopter par Bobo !!!



Mardi 16 Décembre :

         La matinée est bien entamée, inaugurée par le café partagé avec nos visiteurs successifs. Encore une fois, il n'y a pas d'école aujourd'hui, après ce lundi qui suivait une semaine « grévée » pour cause de fêtes successives et de risques de manifestations des jeunes pour la commémoration des dix ans de l'assassinat du journaliste Norbert Zongo. Le ciel boude ce matin dans sa grisaille mêlée de poussière. Un jour nouveau qui nous réserve, c'est sûr, son lot de surprises, joyeuses ou douloureuses, comme la vie !!!! L

a Noel commence à pointer son cortège de décorations vendues au « marché par terre » et chez le libanais où nous avons droit à « Petit papa Noel » à chacune de nos visites en approvisionnement .Mais cette année encore, malgré l'engouement pour cette fête, bien encouragé par la télé burkinabè et les pères Noel gonflables, le contexte est difficile et tout un chacun se demande s'il pourra assumer correctement la nourriture et la boisson pour la fête, et les cadeaux pour les enfants pour les moins misérables. En tout cas à AED c'est le jeudi 18 ; je vous conterai ça, promis !

«Le meilleur que l'on puisse ramener de voyage, c'est soi-même »      Proverbe persan

je me permettrai de rajouter: et le souvenir des autres, et surtout des enfants!!


  A BOBO Décembre 2008  3ème épisode

Dimanche 21 Décembre :

         Cette fête de Noel à AED fut la plus belle depuis la création de l'association. La matinée fut composée de spectacles divers avec une grosse partie des enfants bénéficiaires d'AED, leurs mères, grands-mères, les animatrices, des invités divers, tous installés sous une bâche et sur des chaises louées pour la circonstance. Nous avons eu la visite de la troupe de jeunes de l'Association Education Sans Frontières. Leur pièce de théâtre destinée à la sensibilisation et à la prévention du VIH dans les écoles a obtenu un franc succès auprès des enfants, même des plus petits !! Quant à leur prestation de danses et percussions, elle a bluffé tout le monde !!! Du talent, de l'énergie, de la joie de se produire chez des jeunes pourtant éprouvés aussi par la vie ; le bonheur a gagné l'assistance. Nous avons aussi eu droit à des sketchs des poèmes ou des chansons, interprétés par tout enfant qui le souhaitait ; une mine de talents en herbe en quelque sorte.


Ensuite, l'équipe d'AED, sous l'impulsion de Mahi nous a produit la fameuse chanson interprétée tout au long du film de Roel,  les chansons contre le SIDA et pour la vie ont continué et nous avons dansé toutes ensemble, face au public qui nous soutenait en tapant dans les mains. J'ai ensuite été invitée à représenter les partenaires d'AED dans un petit discours ; j'ai pu y relater le chemin parcouru aux côtés de Christine et nos réflexions et nos combats  qui ont donné naissance à AED. J'ai pu nommer alors tous les partenaires qui ont rejoint cette entreprise croissante. Enfin, l'assistance a eu droit à un très joli discours dit et écrit par les enfants. Ce fut un moment d'émotion !!

         La fête a continué avec quelques danses bien balancées où les enfants de tout âge, gagnés par l'ambiance, nous ont rejointes sur la piste. Le repas fut servi à la très nombreuse assistance (on pourrait parles de quelques 300 à 400 enfants, et  quelques 200 adultes approximativement). Des bassines de pâtes succulentes surmontées de viande de bœuf et de poulet ont été vidées avec un appétit féroce, à la main, par tout un chacun.

         La distribution de quelques modestes cadeaux dans les fameux sacs en plastique noir (vêtements à la fripe, jouets pour les plus petits, paquets de biscuits...) a contenté les quelques centaine d'enfants présents. Le soir, tout le monde était fatigué mais tellement heureux !!!

         Ce soir, nous rentrons des obsèques  du mari d'Alima. Le mercredi soir, veille de la fête, nous étions parties en catastrophe, Christine et moi aux Urgences de l'hôpital où il venait d'être admis. Nous le savions bien malade, et nous  l'avons trouvé épuisé, dans la salle  de six lits, très dégradée, sur un matelas éventré que le drap mauve apporté par le malade et son épouse dissimulait à peine. Nous avons accompagné une Alima éplorée à son domicile pour y récupérer un peu d'équipement destiné à améliorer le confort du malade. Nous sommes ensuite passées chez Christine prendre la soupe qu'Ami avait rapidement préparée, puis sommes reparties acheter les médicaments pour la perfusion. Ici, chacun doit se débrouiller, et tout fournir pour son malade, pas question de discuter le taux de remboursement de la sécu, il n'y a pas !!!Elle avait emporté bol et assiette pour servir la nourriture que les proches préparent au fur et à mesure. Nous sommes rentrées tard, la laissant un peu désemparée et surtout inquiète devant la gravité de l'état de son mari. Là encore, la sale maladie, compliquée d'une insuffisance rénale est en train de faire son œuvre. La dialyse possible est à Ouaga, le malade difficilement transportable, et le coût du traitement impossible à assumer par la famille qui vit aux crochets d'Alima dont le maigre salaire suffit à peine à loger et nourrir tout le monde.

  Hier matin Christine est entrée en catastrophe dans ma chambre ; Alima venait de l'appeler, son mari venait de décéder, il était 6h45, le défunt avait 42 ans. Christine est partie assister notre amie pour transporter le corps à la morgue de l'hôpital car elle était seule pour ça, puis elle est venue me récupérer et nous sommes parties au domicile du couple où une Alima effondrée se terrait sur une natte au coin du « salon », tandis que commençait à défiler la foule des proches et de la famille. Nous sommes restées là, des heures durant, puis l'avons aidée à s'allonger dans la chambre, lui donnant un petit sédatif pour soulager la vague d'angoisse et de colère qui la submergeait. Elle a tellement lutté pour assister son homme, tellement été seule dans ces derniers moments, si peu dormi, mangé tout en espérant démesurément une guérison impossible !

Ce dimanche matin nous sommes retournées à domicile, après être passées à l'hôpital où Christine a dû régler les formalités pour que le corps puisse quitter l'hôpital. Elle le dit elle-même, elle a fait ça tellement souvent, ici c'est le quotidien !! Nous avons regagné le domicile où le corps du défunt  est attendu ;la veuve  était entourée par une cohorte de femmes  se pressant dans le salon, serrées sur des nattes par terre, assises  sur des bancs et des chaises sur la terrasse et dans la cour, devant la maison, sous un auvent loué pour la circonstance. Les hommes se tiennent plus loin, souvent, moins familiers, moins proches de ces émotions qui montent dans les yeux et sur le visage des femmes. Une homélie un peu creuse, dite par un pasteur protestant sur le cercueil, précèdera le départ du long cortège, avec peu de voitures et beaucoup de Mobylettes. Le cimetière n'est pas très loin, vaste  champ non délimité où sont étalés des petites montagnes de latérite rouge, piquées ça et là d'écriteaux métalliques fichés dans la terre indiquant la date de naissance du défunt (s'il est un peu âgé, c'est souvent « environ » telle année), la date de son décès, et la paix à son âme demandée au ciel alors que la dépouille est laissée dans ce lieu non protégé. Souvent les écriteaux disparaissent, volés par des jeunes qui se font quatre sous en revendant le métal. Quelques familles plus privilégiées ont pu bâtir en dur un petit socle  qui permet à  la tombe de rester reconnaissable.

«  De mes yeux je suis l'esclave, lorsque, malgré leur noirceur,

Le compte de mes chagrins leur fait verser mille pleurs. »

                                                                           HAFEZ     poète persan

La pensée de Mahin, native de la grande Perse et inhumée il y a peu dans le grand cimetière de Téhéran est si proche de moi, en ce moment d'émotion ! La foule et ses obligations traditionnelles rappellent aussi ce contexte iranien; on ne vous laisse jamais tranquille avec votre chagrin dans ces pays où les usages sociaux ont gardé autant d'importance... La présence insistante des autres peut devenir obsédante, source de souffrance. Nous avons quitté la foule après que le pasteur ait déclaré officiellement la fin de la cérémonie en remerciant tout le monde. Nous étions revenues au domicile et le défilé commençait jusque dans la chambre de la veuve épuisée et douloureuse

 Heureusement, Alima ne recevra pas de visite cette nuit, et, peut-être est-elle en train de dormir en cet instant où je pense fort à elle, à sa souffrance, à sa force et à sa dignité.  Il est bientôt 3 heures de ce nouveau jour, la pensée de ces pertes m'a tenue éveillée. Je vais essayer de me recoucher. Tout à l'heure sera un autre jour et un programme bien calé m'attend à AED et ailleurs.

Mardi 30 Décembre, l'après Noël :

         Cette fin d'année est arrivée tellement vite !! Comme poussée par un souffle d'harmattan... Le jour de Noël à la maison fut vraiment une belle réussite. Nous étions à pied d'œuvre pour cuisiner dès le matin. Les trois foyers à bois ronflaient vaillamment  et je disposais de l'un d'entre eux pour préparer un couscous arabe d'une importance mémorable ! C'est toujours une surprise pour les africaines de voir une « mousso toubab »(femme blanche) se débrouiller plutôt bien avec la cuisine en marmite de fer étamé sur feu de bois... Quelques 2 kg et demi de semoule ont complété le plat de couscous, tandis que mes compagnes préparaient le riz au gras  

Des visiteurs du soir ont interrompu mon récit ; je voulais seulement dire que ce 25 Décembre fut une belle fête. Les invités ont commencé à arriver vers douze heures trente. Nous étions encore en pleine cuisine au-dessus de nos énormes marmites, en train de fumer comme on le fait  ici pour le poisson ou la viande sauvage !!! Nous avons fini par nous doucher et nous apprêter tandis que les invités familiers recevaient pour nous les moins familiers en leur offrant force boissons accompagnées d'olives, d'arachides, et de chips de bananes plantain. Pour le repas à proprement parler nous étions une bonne trentaine, avec les enfants. Chacun se régalait bien ostensiblement ; ici, pas de chichis et encore très peu d'anorexiques. Manger  est un plaisir, et boire autre chose que de l'eau un vrai luxe ! Tout au long de la journée nous avons servi nourriture et boissons à tous les visiteurs qui venaient nous saluer, le dernier est parti à vingt trois heures. Caroline a bien assuré à nos côtés et a pu vivre ainsi une fête à l'africaine !!!

 

Mercredi 31 Décembre :

         Ce matin j'ai été réveillée par des voix familières, des bruits furtifs, une sensation qu'il se passait quelque chose d'inhabituel... Lorsque je me suis levée j'ai constaté que le mouton attaché à l'arbre non loin de ma fenêtre avait disparu....il est mort en silence dans la fraîcheur du petit matin bobolais. J'ai compris qu'il y avait du sacrifice dans l'air, certainement pour de bonnes raisons familiales mais je n'ai pas posé de question, ça m'est devenu plutôt familier ce genre de pratique, j'ai pu y avoir recours moi aussi, ça fait partie pour moi des rites d'initiation, voire d'intégration. Une seule chose est sûre, nous mangerons du mouton à midi !!! Mais ça ne nous a pas empêché de préparer notre fête de ce soir. Christine a commandé du poulet, j'ai acheté des kilos de légumes pour préparer du riz au gras, chez le libanais j'ai pris du vin et des olives, j'ai commandé un kilo de pop corn  à Clémentine pour l'apéro, et les jeunes de la MAS sont venus installer la super méga sono pour qu'on puisse danser tout notre soul dans la grande cour boisée, désertée par son propriétaire, ce qui nous laisse une grande latitude pour prévoir la fiesta ; la vie n'est pas facile pour tout un chacun ici, mais toutes les occasions de la célébrer sont à saisir malgré tout. Nous ne nous en privons pas !



Retour en France :

         La nuit de la Saint Sylvestre fut belle, les invités nombreux. Parmi la soixantaine de personnes présentes, il y en avait plus d'une vingtaine qu'on ne connaissait pas. Il est courant, ici, dans ce pays, de voir débarquer pour les fêtes, des inconnus, bien à l'aise, qui mangent, boivent et dansent dans une très grande décontraction, ce fut le cas ! Il faut bien s'adapter, n'est-ce pas ? La fête fut belle malgré tout, avec les familiers de la cour, la famille, quelques bénévoles d'AED venus partager ce moment d'espoir pour l'année qui commence, les jeunes de la MAS, toujours prêts à vivre des bons moments avec leur présidente ( Christine). Heureusement, nous l'avons su le lendemain, les religieuses, nos voisines, avaient assisté à la messe de Nouvel An qui se terminait vers une heure et demi du matin. Donc, le temps de rentrer pour elles et de réveillonner, nous ne les avons sûrement pas gênées trop longtemps avec notre sono de dancing en plein air. Nous les avions complètement oubliées, nos religieuses, dans notre ardeur à organiser une belle fête !!!

         Le premier Janvier 2009 a vu défiler un nombre incalculable de visiteurs venus présenter leurs vœux. De nombreux membres d'AED de bénéficiaires adultes, flanqués de leurs enfants parrainés sont passés pour saluer et remercier...Et puis, nous avons eu droit à une pièce de théâtre jouée par une jeune association qui fait de la sensibilisation, surtout pour la prévention du paludisme ; les acteurs sont jeunes et enthousiastes. Christine les a encouragés, et nous avons glissé quelques billets comme on le fait pour les griots, car dans la pièce il y en avait un qui jouait ce  rôle ( de griot) de transmission de la parole et des messages.

         Et puis il m'a bien fallu quitter Bobo et tous ceux qui me sont chers... Le voyage en bus est toujours un temps de latence nécessaire, la traversée de 350 kilomètres en 5 heures et demi est un temps » thérapeutique ». Benoît (mon « garde du corps » connu de longue date, m'attendait à la gare. La soirée du samedi et la  journée du dimanche sont  passées si vite, entre visites des amis et derniers achats pour l'artisanat . Ensuite,  le 5 Janvier, ce fut la grande aventure, pour cause de neige en France, du décollage au petit matin dans le ciel ouagalais. Puis ce fut l'atterrissage, le 6, par moins 8 degrés à Roissy quand j'avais quitté Ouaga à 35, de la longue attente dans le froid et le jour glauque de l'aéroport, et enfin de l'atterrissage à la nuit tombée sur le sol languedocien. Si l'on ne veut pas vivre contretemps et incertitudes, il ne faut pas voyager, surtout en avion !!!!

                                                                                                                             

« Qui a connu l'ambiance

   De nos bals poussière

     Sait qu'il suffit

     D'une danse

  Et parfois d'un chant

     Pour qu'éclate

     Notre amour de la vie

  Comme une salve de rire »

 

          

             Kouam Tawa 

                                                                                                          

                                                              poète camerounais

  Merci à eux, là-bas, de me permettre de vivre depuis tant d'années, ces éclats  et ces salves de vie, en dépit de la dureté quotidienne que je partage souvent avec eux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Publié à 06:56, le 24/01/2009,
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MON SEJOUR A BOBO 2007-2008


Bonjour à tous,

Bien sûr que je suis arrivée à Ouaga dans une bouffée d'harmattan teintée de rouge latérite.... Et bien sûr que le flot de mes souvenirs, ininterrompu, est revenu m'habiter ; encore une fois me voici chez moi !!! Le séjour, en compagnie de l'équipe de mousquetaires que nous formons (nous sommes 4), a duré quelques 20 heures dans la capitale avec visite chez l'ambassadeur en prime. Tout s'est passé comme un éclair, et la route sur Bobo a commencé dès Lundi 14 heures, dans la cabine un peu exigüe d'un 4X4 -camionnette. Le paysage a défilé, mais nous étions aussi occupés à discuter, à « expliquer » le Burkina à travers son paysage, et j'ai « manqué » des morceaux, mais je reconnectais au fur et à mesure qu'on s'approchait du but. L'arrivée sur Bobo est toujours pour moi, un instant jubilatoire, cette fois-ci ce ne fut pas différent.

Et puis la semaine folle a commencé, à la fois dans l'enceinte de « L'auberge »,( notre hôtel avec piscine s'il vous plait !!) qui fut le haut lieu des rencontres stratégiques, mais aussi dans la journée nous passions de longues heures à bosser pour la formation dans l'enceinte du Centre de transfusion, bien à l'abri pour dispenser nos enseignements..... Je me sentais à ce moment coupée de tout et de tous, concentrée uniquement sur les raisons de cette première semaine de séjour et du souci de leur efficacité...Enfin ça a semblé positif, y compris la dernière soirée de fête, avec les filles d'AED qui avaient préparé un repas local, montrant ainsi à tous leur formidable dynamisme, puis un petit groupe de musique et danse traditionnels envoyé par Sékou ; tout ceci a donné un petit ton typiquement burkinabè apprécié tant par les français que par les sénégalais, les nigériens et les maliens présents à la formation.

 

 Le Dimanche matin, j'ai quitté « l'auberge » avec Christine, bien fébrile, surtout que la sortie en coup de vent à la mare aux silures sacrés m'avait bien épuisée (surtout à cause de mon genou douloureux). Me voici alitée, fiévreuse, épuisée, dormante, cassée sans appétit et sans énergie. Quel drôle de début de séjour !!!.Je n'ai encore rien vu quasiment, sauf la jolie maison neuve de Christine qui, elle est à Ouaga depuis Dimanche. Abdoulaye, en ami dévoué est accouru avec son attirail pour m'ausculter, et il m'a mise d'office sous antibiotique et traitement curatif antipaludéen ; il faut dire que j'ai une fièvre de cheval qui n'a pas cédé depuis.

Dans ma chambre m'arrivent les rumeurs des fortes voix africaines expulsant des poitrines de l'air si goulûment inhalé ; arrivent aussi les senteurs multiples, entêtantes dont celles des feux allumés dans tout le voisinage pour la préparation des plats. La fête de Tabaski, cette année, je me suis contentée de la vivre de l'intérieur, les clameurs, les tam-tam m'ont aidée à partager l'allégresse générale, même que j'ai réussi en sortant devant le portail à voir quelques enfants vêtus de superbes pagnes cousus neufs, et d'admirer les tresses artistiques perlées, rubanées, ourlées, des fillettes du voisinage.. Quelques piécettes glissées dans les mains des enfants ont fini de m'associer malgré tout à cette belle fête D'autant que les voisins ont envoyé des plats contenant les mets de circonstance, selon la coutume, pour partager avec leurs amis chrétiens cet important moment.

A l'inverse, il en sera de même pour les chrétiens à Noel. C'est pas beau, ça ??.

Et maintenant que je commence à retrouver mes esprits, enfin je crois, je réalise que nous sommes à la veille du mariage de Jacques, le secrétaire d'AED, il a lieu demain matin à 11 heures à la mairie de Konsa. Le mariage traditionnel a déjà eu lieu, quant au mariage religieux.... Elle est musulmane et lui catholique, alors pour l'instant les deux premiers
suffiront!

Heureusement, à la demande de Christine, j'avais eu le temps d'acheter les dragées, les filles vont finir de les mettre en petit panier dans du tulle pour distribuer aux invités. Il faudra maintenant faire laver la voiture pour la décorer ce soir tard et ménager la surprise pour les mariés ; je vais essayer, malgré ma grande fatigue, de me rendre un peu utile pour la réussite de cette grande occasion. Nous avons eu tellement peur de ne pas le marier notre Jacques !!!

LE MARIAGE

Finalement, le mariage a eu lieu.... Le matin, à 7 heures, Jacques, le marié, m'a demandé par téléphone, d'écrire un petit texte à lire publiquement. Je n'ai pas pu refuser, et à  9 heures, mon texte était fin prêt ; ce fut facile, nous avons tellement de souvenirs communs, avec Christine aussi !

J'ai attendu très longtemps qu'on vienne me chercher, et de toute manière, Christine, arrivée de Ouaga à l'heure après un sérieux accident sur la route, « poireautait » au salon de coiffure car la mariée n'était pas prête et c'est elle qui devait la conduire ;  il était 11h 30 et le mariage était prévu pour 11 heures. Finalement, elle est venue me chercher plus tard et nous sommes arrivées à midi pile à la sortie de la mairie, le temps de féliciter les mariés, de faire la photo officielle, et de foncer en cortège vers la «cour » familiale où nous attendait la suite.

Un haut-vent dressé dehors permettait au surplus d'invités qui ne pouvaient rentrer dans la cour de trouver place ; nous, nous étions à l'intérieur, près de la table d'honneur et j'ai dû lire mon petit texte qui a ému le marié « sorte de Don Quichotte  burkinabè » ainsi que je le désigne. Nous avons bu, mangé (moi un peu, je n'ai pas très faim depuis ma maladie) les quantités de viande étaient impressionnantes ; en pays sahélien, pourtant pauvre c'est le moins que l'on puisse faire pour une occasion pareille. Le groupe de musiciens traditionnels que j'avais embauché pour la circonstance m'a appelé pour ouvrir le bal. Ce ne fut pas difficile, j'adore la musique mandingue, je menais le groupe des femmes, à leur grande surprise !! Puis les mariés sont arrivés, et la fête a battu son plein ; ici, on mange, on boit, on danse, on fait le « show » sans problème ni souci du regard d'autrui. C'est bien agréable et ça donne encore plus de sens à la « vraie vie ».

Ensuite j'ai dû faire le chauffeur des mariés, c'est l'usage de quitter la fête pour partir se reposer un peu. Nous sommes passés en « grande famille », saluer la grand'mère de la mariée et prendre la photo avec tous les enfants et les gens de la cour ; il faut faire des prodiges pour réussir le portrait de cette foule enthousiaste, je suis donc devenue photographe officielle pour la circonstance !


Je crois que les mariés étaient plus que satisfaits de cette journée, et nous, nous avons eu l'honneur de nous balader deux jours durant dans une voiture décorée de rubans couleur des  dragées, enrubannée, ornée de fleurs en papier aux initiales des tourtereaux. Nous étions inratables dans Bobo !!

 Noël

        La fête est vite arrivée ; Christine à fond dans sa lutte contre le VIH et moi pas encore au mieux de ma forme, nous n'avions guère anticipé. Finalement, nous avons opté pour une cuisine « mixte ». Moi j'ai fait un grand plat de saucisses fumées avec choux et pommes de terre (les choux sont délicieux ici et les pommes de terre un produit de luxe) et Mariam, la petite bonne avait préparé du poulet (pour les musulmans, c'était mieux) avec des boites de petits pois carottes de chez le libanais (ça aussi c'est très prisé car cher et rare ici). Les boissons coulaient à flot, surtout les sucreries et un peu la bière, et la maison ne désemplissait pas ; nous avons dû servir une quarantaine de personnes au minimum, mais sûr que c'est plus !!

        Et puis, nous avons eu droit à un spectacle, avec théâtre, acrobaties, marionnettes à fil, donné par une troupe créée par des anciens enfants de la rue dont nous nous sommes occupés il y a plus de dix ans. Quelle émotion de les voir devenus des hommes et que de souvenirs....

Tout le quartier a pu venir et se régaler de ce divertissement.

Voilà, un vrai Noël d'ici, malgré les pères Noël gonflables et les guirlandes clignotantes chez tous les marchands du coin de la rue. Il reste les jolies crèches en terre devant les maisons des chrétiens, et ce partage de  nourriture où l'on se doit de combler tout visiteur qui débarque pour partager la bonne parole.

 La veille au soir nous avions eu droit à la musique entrainante, gaie et rythmée de percussions de l'église voisine égayés des « youyous » de la foule en délire qui accueillait l'arrivée du petit Jésus avec un enthousiasme qui me laisse admirative.... Inimaginable dans une église en France, non ? On comprend pourquoi ici la messe commence à 21 heures et peut finir à 1 heure du matin !!!!!!


Dernier Dimanche

        Ce Dimanche, 30 Décembre est le dernier de l'année 2007. Tala, le comédien, ex-enfant de la rue est venu me chercher pour me faire visiter Dioulassoba, la vieille ville, qui s'étend face à la mosquée de style saoudien datant de la fin du XIXème siècle. Nous partons de la maison et hélons un taxi qui, comme tous les taxis d'ici est un défi à la logique mécanique, sans oublier le pied-de-nez à tous les carrossiers de France et de Navarre....Au passage nous récupérons Toupè, un autre ancien de la rue, et nous commençons la visite que je n'ai pas refaite depuis plus de 11 ans. Tala, en vrai Bobo est un bon guide, et nous arpentons les ruelles bordées d'habitations traditionnelles où, mais  oui c'est vrai, vivent des gens, jeunes et vieux !! Le quartier animiste nous montre la place, fichée d'un totem, où viennent s'exposer les difficultés des uns ou des autres, et où se font les sacrifices en vue d'apprivoiser les esprits...A côté, la « maison de la justice », où trônent dans deux angles les fétiches qui prononcent leurs sentences, est occupée aujourd'hui par des enfants qui jouant aux grands. Nous visitons ensuite le quartier musulman, le quartier des griots, celui des forgerons, qui attisent leur feu et frappent avec ardeur le fer rougi, puis, celui plus calme des tisserands dont la boutique expose des bogolans (nous sommes proches du Mali ici).Nous arrivons au marigot qui laisse serpenter une eau couleur gris anthracite qui me donne la nausée. Et là, nous apercevons les silures sacrés qui avalent goulûment le pain que nous leur jetons, ce qui veut dire que nous aurons la chance. Nous ressortons enfin et longeons la voie jusqu'au coin des potières où s'entassent des vases et récipients de toute forme mais dont la couleur brune, est unie unique et plaisante à l'œil.

Puis nous traversons et retrouvons Ali, l'enfant terrible de la rue, dont je parle dans une de mes nouvelles. Ali, très ému, me serre fort dans ses bras. En nous remémorant la maladie de son père nous calculons qu'il avait neuf ans au moment des faits, enfant perdu à l'hôpital, au chevet d'un père gravement malade et sans argent pour payer son médicament. Son géniteur est encore en vie, j'en suis si contente....il m'explique fièrement que c'est lui, seul garçon de la famille, qui assure la fourniture des médicaments pour son « vieux ». Il me montre fièrement la petite boutique d'instruments de musique qu'il exploite à plusieurs, et qu'il joue du balafon, du djembé et de la kora. Il lui arrive de se rendre en France pour quelque tournée qui rapporte à Dieu sait qui, mais sûrement pas à lui !! Un billet glissé dans sa main doit l'aider à payer la une partie de la moitié du renouvellement de son passeport pur sa future tournée européenne. Le montant total représente le salaire d'un modeste ouvrier, chez nous ça serait donc plus de 500€ ! La visite se termine, nous rejoignons le boulevard en nous promettant de nous revoir bientôt. Un taxi un peu plus pimpant que le précédent mais aux bruits inquiétants de cardan en fin de vie me ramène à la maison.

 Je vous ai épargné les drames, les décès par accident ou autre, ils ont été si nombreux depuis le début de mon séjour ; mais c'est le quotidien ici, on s'y fait car c'est la vie aussi. Donc, de cérémonies en funérailles nous n'avons pas encore prévu notre veillée de la Saint Sylvestre, mais c'est l'Afrique, ici, et le temps n'a pas de prise sur nous, non ? Alors....Bonne fête à vous tous, je vous dirai la suite, promis.


Jour de l'an

Finalement, cette fin d'année s'est passée comme dans rêve. Nous avons invité une bande de jeunes de la MAS (maison des associations de lutte contre le sida), plus les sœurs de Christine et enfin quelques amis proches. Nous avons commandé des nems et du canard sauvage à Aidarra, le cuisinier de l'ex voisin d'Odile, et n'avons pas lésiné sur les boissons. L'ambiance fut bonne, les vœux de Nouvel An chaleureux, et pour finir nous nous sommes couchés autour de 3 heures trente du matin, ce qui est très raisonnable.

La journée du premier s'est passée à recevoir salutations et vœux sans discontinuer, au service de chaque visiteur pour offrir des boissons variées ; le soir j'étais plus fatiguée qu'après une grosse journée de travail. Le 2 ça a continué, c'est fou ce que les africains sont conformistes, engoncés dans les usages de politesse, regardants sur les règles sociales et attachés aux cérémonies. Les deuils prennent une ampleur démesurée et Christine et ses sœurs ont  passé un temps incroyable en funérailles et condoléances de leur cousin décédé tragiquement sur la route de Ouaga....Le 3, fête du soulèvement populaire, en 1960 était encore jour chômé ; cette période concurrence le mois de Mai en France.

La reprise

Enfin, le 4, nous avons pu reprendre à AED et décider ainsi de la date de l'arbre de Noel au cours de laquelle seront remis les cadeaux aux enfants, par conséquent aux filleuls dont les parrains m'ont remis un paquet ou une enveloppe ; pour les autres l'association complètera avec des vêtements donnés, en espérant qu'il y en aura assez pour tous.

L'ambiance d'AED est revenue, les enfants rentrés, les femmes présentes pour les dons de lait et autres requêtes, les quelques kilos de riz rincés, prêts à cuire les cuisinières et éplucheuses à leur poste, et chacun vaque à ses occupations. Nous projetons nos efforts vers Samedi, l'arbre de Noel, qui sera un temps fort de l'association.

L'autre matin, avec Aminata, je me suis rendue dans un village peul, soutenu par Maïa-Bobo. Ces peuls, venus de tous les pays alentour, ont installé un joli  village, sous des manguiers et des eucalyptus, avec des jolies cases rondes organisées en petites cous familiales. L'école, construite seulement depuis deux ans, n'offre pour l'instant que Deux classes dont une sera animée par Aminata, l'ancienne  filleule de Katherine Roesberg, qui, devenue institutrice grâce à l'aide des deux Maïa, a décidé d'aider les enfants à son tour. Ici, beaucoup de filles seront scolarisées, contrairement aux usages de l'ethnie peul... Une nuée d'enfants se précipite sur le véhicule dont j'ai du mal à m'extraire. Les photos, obligatoires, sont prises dans les classes, et nous sortons nous entretenir avec  les responsables. Plus loin, dehors, un enfant nous émeut beaucoup : il est sale, le cuir chevelu couvert de terre et de teigne. Visiblement dénutri, il est craintif, apeuré, cherchant désespérément à attacher autour de lui les haillons qui le couvrent difficilement.


On nous explique que les parents sont divorcés, la mère est partie, et ce sont souvent les enfants (ils sont six, tous restés avec le père) qui essaient de préparer quelque maigre nourriture. Un billet opportunément glissé dans la main de l'instituteur va permettre de soigner sa teigne, et d'acheter quelques vêtements dans un premier temps. Je propose à  Aminata de le mettre sur la liste des  parrainages .Depuis, j'y pense souvent, surtout que les photos prises sur place viennent ranimer les souvenirs.

Arrivée
Et puis, Claude est arrivée. Nous sommes allées loger dans une maison très sympa que nous a prêtée l'association Maïa-Bobo en la personne d'Aminata. Notre emploi du temps fut, comme d'habitude, très fourni, entre les visites à AED, à Maïa, et pour moi à l'hôpital où diverses commandes de prestations de service m'attendaient. Les découvertes et étonnements de Claude m'ont obligée à me remémorer mes propres découvertes, il y a une bonne dizaine d'années. Nos soirées se sont écoulées  au rythme des sorties dans les maquis, de bières bues avec les uns et les autres, des brochettes de filet savoureusement assaisonnées. Nous avons passé une soirée chez Anatou et Marc qui ont ouvert une cave « Carpe Diem » où nous avons bu du bon vin. Ce sont des montpelliérains qui tentent courageusement de s'installer à Bobo d'où est originaire Anatou. Mais nous les reverrons sûrement à Montpellier.

  Tala, donc, ex enfant de la rue, essaie de constituer une troupe de théâtre avec des « enfants » un peu perdus il le fut ; il est venu nous régaler à AED pour l'arbre de Noel avec les exhibitions de clowns à échasses, de marionnettes à fil, et des chants. Des présents ont été distribués à chacun, les enfants dont les parrains ont donné des cadeaux étant privilégiés par rapport à ceux qui ont reçu des vêtements de la fripe pour essayer d'équilibrer ; chacun était content, la fête était réussie et la joie au rendez-vous. Ici on apprend très tôt à se contenter de peu, ce qui est mieux que rien... Claude a assuré en grande partie le reportage photographique de ce jour, il faut dire que j'avais pris un peu d'avance avant son arrivée.

Emploi du temps

Nous avons eu aussi des emplois du temps séparés selon nos priorités. Claude a pu assister à une matinée de classe CE2 ; ici l'école commence à 7h30. Pendant ce temps je suis allée à l'hôpital psychiatrique pour la grande visite hebdomadaire, celle où on présente tous les cas. Ainsi, la première patiente présentée était une femme délirante dont l'état ne lui permettait pas de quitter son lit. C'est son père, un typique petit peul avec boubou et chapeau qui vient rendre compte de son état ; on prescrit un traitement car elle semble dans un état respiratoire difficile. Le peul va rapidement se procurer les drogues à une pharmacie voisine, il passe me remettre la monnaie du billet donné et .... un quart d'heure plus tard environ, une femme vient appeler une infirmière, puis on entend des sanglots, la malade vient de décéder !!! Le médecin ordonne d'évacuer le corps à la morgue de l'hôpital (qui se trouve loin de la psychiatrie), tandis que nous continuons la visite en recevant les malades délirants qui dialoguent avec les génies, le colosse limité intellectuellement qui supporte en bavant le traitement de cheval qu'on lui administre pour qu'il évite désormais de tuer des personnes en leur écrasant la tête (il l'a déjà fait deux fois), tandis que la paranoïa du suivant me permet de constater qu'un africain peut renier sa famille, celle qui a comploté pour le tuer et le dépouiller des biens qu'il a lui-même dilapidés pour boire, fumer et consommer des substances plus excitantes encore !!! Cette matinée est forte en émotions et riche en enseignements, tant sur le sens de la vie et la mort que sur ma capacité à m'adapter à ces situations.
Je retrouve ma Claude qui, patiemment, m'a attendue sous un gros arbre car ce midi-là il fait très chaud. Elle aussi a vécu une matinée intense aux côtés de sa collègue instit mais je pense qu'elle vous contera tout ça de vive-voix.


Artisanat et départ

Et toujours dans nos emplois du temps séparés, à la fin du séjour, tandis que je dispense une formation à la demande de l'hôpital de jour, Claude va au marché compléter les achats d'artisanat. Mais soyons rassurés, nous avons déjà acquis, entre autres, de superbes cages à poule en vannerie dont elle rêvait depuis longtemps !! Nous les avons trouvées au bord du boulevard de l'Indépendance, alors que par précaution j'en avais commandé à Véronique, la cousine d'Irénée, à Banfora. Cela nous vaudra un départ épique dans le bus pour Ouaga ; pas possible de passer inaperçues. Nous partons de la maison sur les chapeaux de roue car vu le volume de nos bagages, il nous faut deux voitures. Je pars avec Christine, alors que Claude attend Aminata. Nous arrivons à peu près à l'heure et attendons l'autre véhicule qui  n'arrive que quelques minutes avant le départ, Aminata s'étant trompée de gare ; les coffres du bus sont pleins et le placement des cages à poule relève de l'héroïsme !! Je voyage donc avec  Claude, que j'ai bien cru avoir perdue, et c'est très bien, puisque nous devons remettre son cadeau à Mohamed Guira, le filleul de son fils avec qui nous avons rendez-vous à Borromo.

 

A Ouaga
Notre arrivée à Ouaga est sympa ; Aurélien vient nous chercher à la gare, mais, malgré la vastitude du coffre de sa 505 Peugeot de vingt cinq ans d'âge, Claude doit prendre un taxi, pour cause d'excédent de bagages, heureusement l'hôtel est tout près. Ce soir-là, tous les trois, nous nous offrons un bon repas au « Verdoyant », anniversaire de Claude oblige. Le vendredi, le défilé des amis est habituel, c'est difficile, on a peu de temps, je ne les ai pas tous appelés. Le samedi matin nous complétons les achats d'artisanat, et l'après-midi nous nous rendons au pré-enregistrement pour les bagages, histoire de se tranquilliser par rapport au poids. Ouf !! Nous passons juste.

 Nous revenons à l'hôtel, et j'ai encore à vivre  un moment d'émotion. A l'instant de rentrer dans la chambre, je suis interpellée par une gamine qui m'approche, et je crois qu'elle veut me vendre quelque chose ; je comprends finalement qu'elle veut me donner son bébé, que je devine alors sous le châle, dans son dos. Je dois alors parlementer avec elle, aidée par un monsieur qui traduit en mooré, c'est plus facile. Elle dit qu'avec moi son aura plus de chance dans la vie. Je tente de  lui expliquer qu'un bébé ça ne se donne pas comme ça, qu'elle peut aller à l'action sociale, qu'il y a  des démarches à faire. Elle n'a pas quinze ans, son bébé est  proprement recouvert d'un joli châle brodé ;elle est accompagnée d'une fille un peu plus âgée et d'un garçon plus jeune, son frère et sa sœur, je présume. Ils sont graves et attentifs, à ce que je dis, silencieux. Le monsieur leur indique où se trouve l'action sociale, elle demande si elle peut y aller tout de suite. Nous  lui disons que c'est trop tard, d'attendre demain matin. Elle est perdue, dépassée, et moi  je me sens révoltée dans ce pays où les petites filles qui  se font engrosser  ne trouvent pas de soutien, ont  leur vie gâchée ainsi que celle de leur enfant. Et je ne suis même pas sure que l'action sociale l'aidera correctement. Richard, mon ami pharmacien est stupéfait de ce récit, mais il est vrai qu'il n'est pas blanc, donc moins synonyme de chance...pour un bébé déjà en détresse. Ce n'est pas la première fois que ça m'arrive, mais c'est la première fois qu'une presque enfant me supplie.

  Le départ 

 Nous quittons l'hôtel avec Richard, flanquées de l'éternel Benoît, pour retrouver Aurélien à l'aéroport. Je peux vérifier pour la nième fois la bonne organisation de l'embarquement avec l'attente interminable, le zèle pas toujours efficace des employés au sol, et d'ailleurs j'y perds Claude, qui, fouillée plus que de raison par la sécurité, disparaît de ma vue. Elle finit par me rejoindre dans l'avion juste un peu avant le décollage !!

La prise d'air de notre Boeing, justement, pèse sur mon cœur, comme à chaque fois que je quitte le sol de latérite du Burkina. Mais j'y reviendrai, c'est sûr, je ne peux pas penser autrement.

 Et puis, le survol de la mer dans le soleil levant à l'atterrissage à Montpellier, me remémore les promesses de retrouvailles avec ceux qui me sont chers, et adoucit tendrement ma nostalgie. C'est ici aussi que je vis depuis ma naissance et que j'ai construit cette vie. Et oui, les va et vient, comme les vagues de la mer de mon enfance, ça me va plutôt bien finalement !


 

« N'est-ce pas le paradoxe de notre culture qu'en devenant maîtresse de l'espace, elle soit devenue esclave du temps ? En Afrique, on se sent à cet égard moins maître et moins esclave. Si, toutefois, on parvient à s'évader de soi-même. »      


Amin Maalouf « Le premier siècle après Béatrice »


        

 

 


                                 

 

 



Publié à 10:42, le 15/07/2008,
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SUITE ET FIN DE CE SEJOUR


Le temps s'écoule tranquillement alors que les cœurs sont souvent bousculés par toutes les difficultés..  Au siège, viennent toutes ces femmes, la plupart infectées, avec leurs enfants, elles trouvent ce courage de mille et une petites activités les mettant en lien, mille et un mots en dioula, la langue régionale, qui les rend complices et va chercher les rires derrière les drames.   

 

Depuis 3 jours, Ami revient avec le sourire alors que la semaine dernière, elle a déboulé ici, après une colère terrible de sa grande sœur dans la cour familiale qui a dégénéré ; elle avait l'oreille en sang, qu'on a dû recoudre et sanglotait sa « réputation gâtée » parce que sa sœur avait crié à tous sa séropositivité et la honte sur la famille !

Nous nous sommes déplacées sur la moto de Christine et avons rencontré le grand frère, militaire chez qui elle s'est réfugiée, à la caserne, et nous avons causé... Il est intervenu avec bonté et sagesse, gageant de la bonne tenue d'Ami avec nous tous, ici. Apparemment depuis,  tout est rentré dans l'ordre, elle revient ici, bébé au dos, un bébé AED bien sûr, donc protégé de la séropositivité de sa mère.

Et puis il y a Hortense, sa petite taille, son visage émacié dans lequel brillent deux yeux pleins de courage et de volonté. Et le diagnostic posé alors qu'elle allait consulter le pédiatre pour la reprise de la trithérapie : pneumonie !!! Et sous antibiotiques, brûlante de fièvre, elle est venue le jeudi pour le soutien scolaire, tant sa rage d'étudier est forte alors même qu'on ne peut envisager pour elle la sixième au vu de son âge !!! Elle avait même oublié de manger de peur d'être en retard ici, pour la classe... On lui a donné un sandwich avant qu'elle ne défaille d'hypoglycémie. Demain, il y a peu de chance qu'elle voie le pédiatre avec ses résultats biologiques, car il y a la pose de la première pierre du grand hôpital pédiatrique financé par les américains qui servira sans doute de grand laboratoire de recherche sur le VIH en pédiatrie, ici les cas ne manquent pas et rien n'est gratuit Les chercheurs, surtout, sont en quête permanente de « cohortes » de malades pour leurs travaux.

 

         Bon, demain on aura la chance d'assister à ce grand cérémonial en présence du ministre de la santé et de tout le gratin, burkinabè et américain. Promis, je vous raconterai, parce qu'on y sera, bien sûr, en compagnie de Joëlle et Hubert qui viennent d'arriver.

Voilà, la cérémonie a eu lieu, on m'a même vue à la télévision, tache blanche parmi tous les autochtones. Cet hôpital, qui sera construit par les américains, est une promesse d'amélioration pour la santé des tout-petits...on veut y croire !!

 

Tout ce temps a passé, entre les différentes visites, les participations actives à des séances de travail très utiles, les rencontres avec les ados : ceux de Maïa-Bobo lors d'une petite fête organisée au lycée Mollo Sanou, et ceux d'AED réunis pour un premier groupe de parole au siège.

Partout de la vitalité, de la curiosité, masquant  si bien les détresses sociales et les drames. Même pour ceux de Maïa tout ne baigne pas ; et pour ceux d'AED, entre la sale maladie, d'eux-mêmes ou de leurs proches, la mort qui rôde dans la réalité sociale ou dans les angoisses réalistes d'un fléau qui ne faiblit pas vraiment, il faut bien aller chercher ses ressources au tréfonds de soi pour pouvoir jouir de ces fragiles et fabuleux instants de rencontre.

 

Et puis il a bien fallu m'arracher à ces lieux et tous les « miens », tous ces êtres qui savent si bien dire leur affection et oublier la dureté de ces conditions  en offrant ce bien précieux qu'est leur sourire, celui que tant d'occidentaux  leur envient tant qu'ils viennent les piller du regard ou de l'objectif photographique.

 

Me revoilà dans le froid, sans la poussière, avec le confort....

Mon corps y est, ma tête un peu, mais une partie de mon cœur et de mon âme sont restés là-bas, auprès d'eux, et mon devoir est de témoigner de l'injustice et d'un fossé qui ne cesse de grandir entre deux mondes dont la fracture s'aggrave, que ce soit au Sud et au Nord.

Il n'y a pas que la banquise qui se détache.


Ne pas oublier, jamais !!

 

 

 

 



Publié à 04:06, le 14/07/2008,
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SUITE

A vous tous et à vous toutes, bonjour

Encore une fois, Bobo et son ciel voilé le matin et éclatant l'après-midi va me voir franchir le seuil d'une année nouvelle. Ici, la mort, les drames, les funérailles sont toujours présents. Les sonorités fortes de voix qui défient le sort par leur puissance sonore, les sons des guimbés et des balafons, les voix des muezzins et les chants religieux s'échappant des églises, nous enveloppent tout autant que la poussière animée par l'Harmattan. La vie grouille sous ces vêtements déchirés, trop amples, mais qui protègent du « froid » saisonnier.

Nous avons fêté hier soir le départ d'Odile avec les proches et les fragiles, ceux qu'elle a aidés.. Un groupe de musique traditionnelle s'est pointé, averti on ne sait par qui, de ce futur départ. Nous avons dansé la vie et l'amitié sur des rythmes traditionnels, les chants des griots célébrant les louanges de la bienfaitrice de tant de gens. Les deux jours précédents, je fus l'écrivain public de ces modestes (cuisinier, jardinier, tailleur) qui souhaitaient dire leur mot à celle qui les a tant aidés et les laisse un peu orphelins et sans travail.
Encore une fois, hier soir la vie a triomphé dans la fraîcheur de la nuit, en dépit de tous les drames que nous pouvons côtoyer quotidiennement. Le 3 Janvier, ici au siège nous célèbrerons la fête des enfants, Maïa sera bien présente cette année. Christine a été pressentie par la télévision pour présenter ses vœux à la nation burkinabé !
A vous tous, donc tous mes vœux bobolais, une belle année pour chacun et la solidarité au cœur de notre combat.

BONNE ET MERVEILLEUSE ANNEE 2007





Publié à 06:03, le 13/07/2008,
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MON SEJOUR A BOBO 2006-2007

  Salutations bobolaises à tous en ce 23 Décembre de l'an 2006  

Le temps passe et il se remplit de mille petites choses si importantes ici. Me voilà enfin pour partager quelques instants le "dicible" avec des mots.

Donc après un départ un peu aléatoire à Marseille, qu'Emilie a partagé durant quelques heures avec moi, "nous" les burkinabè en transit à Alger, avons traversé le nouvel aéroport algérien au pas de charge, on nous remit notre billet à la volée sur présentation à la volée de notre passeport!!

Nous étions 3 bobolais qui nous assîmes en ringuette dans le fond d'un avion bondé où on nous attendait depuis plus d'une heure!!!!!

Nous avons foulé le sol de Ouaga avec deux heures de retard mais quand on aime on compte pas, pas vrai? J'ai donc attendu patiemment 3 jours dans la capitale, l'inauguration du centre chorégraphique international de mon ami Salia, cérémonie en grande pompe avec deux ministres, l'ambassadeur de France et tout un tas de gratin. J'étais devant, avec la famille et les VIP, on m'a même vue à la télé!

Dès le Dimanche je suis partie à Bobo et là, j'ai vraiment respiré. Je me rends quotidiennement au siège d'AED, j'ai remis toutes les sommes à qui de droit, j'ai aussi rencontré Aminata Diallo qui roule maintenant dans une superbe Clio semblant neuve, qui ferait des envieux (achat à crédit, comme chez nous] sa 2 cv devait avoir plus de 30 ans, il était temps!

Ce Samedi nous avons été de mariage: le "major" de l'hôpital de jour s'est marié devant Dieu et devant nous après 20 ans de mariage civil et en présence de ses enfants et du premier petit enfant...La cérémonie fut gaie et simple et le repas très typique avec les "griottes" qui ont chanté nos louanges moyennant un billet bien sûr. Voilà pour les festivités en attendant Noel qui arrive si vite.

Pour les activités, j'ai rencontré quelques filleuls, et aussi la personne qui sera chargée de gérer la bonne marche des parrainages: il s'agit de Bernard Kabré que je connais déjà et qui est très sérieux. Nous avons fait un PV de la réunion que je vous communiquerai. La semaine qui vient, nous allons programmer les visites à domicile chez les filleuls, ce qui n'est pas simple, vues les distances et la pauvreté des lieux où l'on ignore le téléphone; nous ferons au mieux.

Jeudi, la matinée a été éprouvante : j'ai rencontré une filleule, la tienne, Anne donc Laetitia qui revenait de l'hôpital avec sa tante (elle est orpheline] sans avoir pu rencontrer un seul des 5 pédiatres en poste!! Elle est très anémiée à cause de sa trithérapie avec des résultats biologiques alarmants... Bon, on l'a renvoyée là-bas avec recommandations etc... Donc "ça va aller" comme on dit ici; je lui ai remis le petit cadeau et donné des nouvelles, elle était contente.

  Ensuite, j'ai vu Hortense, parrainée collectivement; elle a 16 ans et en parait huit. Sa trithérapie a été brutalement interrompue parce que son oncle, qui travaille beaucoup avait oublié le renouvellement d'ordonnance.

 

Le "pédiatre fou "a frappé, il a suspendu le tout, elle est donc sans traitement depuis assez longtemps. Hortense est orpheline, elle vit avec sa grand'mère aveugle et c'est elle qui cuisine avec le peu d'argent qui vient des parrainages. Son oncle direct est sympa, mais il travaille beaucoup, et sa tante est une harpie. Hortense est d'une grande fragilité, bien sûr, mais on la sent intelligente et capable. J'avais le cœur en marmelade et des larmes au bord des yeux. Elle a pris le modeste billet que je lui tendais comme un immense trésor, l'a présenté à Christine pour qu'elle approuve, et l'a soigneusement rangé dans son vieux sac en cuir qu'elle porte en bandoulière et dans lequel elle gère l'argent qu'on lui donne. Tout ça dans une très grande dignité. Elle vient de reprendre ses études car la maladie les avait interrompues ( elle est donc en CM2]; ces jeunes-là ont tous besoin d'un soutien scolaire pour rattraper le programme: avis à vous mesdames les instits!!

Sinon, j'ai retrouvé la poussière, la pauvreté et la maladie qui côtoient le quotidien, l'exubérance de mes amis et une furieuse envie de vivre dans ces extrêmes où le sourire arrive si vite sur des visages qui coiffent des petits corps malingres, poussiéreux, vêtus de hardes dans lesquelles, grands et petits ont une grâce qui peut faire croire en Dieu. Ne cherchez pas à comprendre pourquoi il me faut revenir ici, moi j'y ai renoncé! Venez voir, c'est plus simple!

Avec mon affection bobolaise pour vous tous, à la prochaine.

 



Publié à 04:00, le 13/07/2008,
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MON SEJOUR A BOBO 2005-2006

18 Décembre 2005

                                 ARRIVEE A BOBO

 Chers tous,  

                            Me revoilà ici, dans la poussière, la misère et la joie de vivre, musique et sourires garantis à toute heure....Je retrouve mes couleurs, mes odeurs, ceux que j'aime et d'autres encore; mes maitres à vivre, tous ceux qui nous apprennent encore et encore la valeur suprême de la vie, même si elle est altérée par cette pauvreté qui semble souvent impossible à solutionner.

                            Ce matin je suis allée à la consultation de l'hôpital de jour de mon ami Adrien (pour la prise en charge du VIH). Et j'ai encore appris de ce jeune couple de paysans qui n'a RIEN, ils sont venus de 15 km sur la Mobylette qu'on leur a prêtée et devaient refaire le chemin en sens inverse, elle à peine avec ses 35 kg et lui avec ses forces qui s'amenuisent et qui limitent les travaux dans les champs, seules sources de revenus. Ils n'ont qu'un seul enfant et savent que pour l'instant, l'urgence c'est la survie et ils y croient, ils font confiance... Mais il faut attendre les ARV, et la machine pour l'analyse de sang est encore en panne à l'hôpital!!

                            Auparavant j'ai été accueillie par Sophie et Carsten en pleine forme; nous avons « fait » Ouaga une journée avant de filer sur Bobo. C'est toujours comme ça, Bobo nous attire comme un aimant et surtout ce n'est pas une capitale mais une ville très africaine, et puis nous avons tant à y faire !!!

                            J'ai, bien sûr, filé à AED dès le lendemain, et rencontré les femmes  et les enfants qui viennent en soutien scolaire. Samedi, j'ai assisté au groupe de parole des femmes sous ARV, il est animé par la belle Halimata et Koroba.... Au moins 25 femmes qui partagent leur expérience, essaient de perfectionner leurs connaissances, les enfants toujours proches et une grande bouffée solidaire....

                           Une visite solennelle en fin de matinée du Lion's Club qui fait un don en nature: riz, savon, eau de javel etc... Nous avons eu droit aux discours, j'ai pris des photos des femmes et des enfants qui se disputaient pour poser!

                            La semaine dernière a été surtout consacrée à la comptabilité, mais cette semaine je vais essayer de faire le point sur les filleuls pour leurs parrains et me mettrai en contact avec Aminata Diallo pour Maïa Bobo, elle sera en vacances.

                              Merci à tous ceux qui m'ont envoyé messages et textos, bises à tous


                                                                                           

30 Décembre 2005                                              

AU SIEGE 

                        Matinée au siège d'AED; ça jacasse dans tous les coins, les enfants sont dans la cour pour l'alphabétisation et le soutien scolaire. Les femmes préparent le tô à la farine de mil pour midi ; il récompensera chaque enfant de son effort (ils viennent souvent à pied, de loin). Ce matin aussi distribution de maïs, de mil, de savon, d'huile, tout ça permettra de vivre moins misérablement. Les femmes repartent sur la mobylette avec leur gros sac. Les voix sont fortes, le dialogue permanent, dans ce pays de tradition orale.

                           

Je ne parlerai pas tout de suite de Juliette, désespérée, qui voulait me donner sa petite fille de 4 mois, nous essayons de la soutenir; ni de Cécile qui a perdu son bébé la nuit de Noël, j'ai su ça  cette nuit.... Enfin, j'en ai finalement parlé, ça fait du bien de partager les émotions.

Bon, j'arrête là mon propos, je ne sais plus rien du monde, mais ici, c'est tout un monde.

                        Meilleurs voeux à tous.

                                                                                           Marie-Claude


12 janvier 2006

RETOUR

 Il fallait bien la quitter cette ville, c'est toujours pareil Je me suis donc

embarquée dans le bus, et en route pour 5h et demi de route pour faire les 350 km....

         La route file, elle se déroule comme un cordon qui me guide à travers la terre rougeâtre, déjà marquée par la sécheresse, parsemée d'arbres tous plus majestueux les uns que les autres, et mon regard se perd dans ce paysage, je me confonds dans cette nature aride et familière, je n'existe que par elle.

 Et je sème ça et là des pensées, évocations de tous ceux que j'ai côtoyés, en particulier, les enfants: Abdoulaye qui vit misérablement avec sa grand'mère, puisqu'il na plus de parents il est à la limite de la dénutrition, il a fini pourtant par faire un très beau dessin pour sa marraine quand j'ai pu lui faire comprendre mon intérêt pour lui-même (manque d'habitude, sûrement)

Maïmouna, orpheline aussi et son beau sourire ; Emmanuel, orphelin adopté et tellement marqué par son abandon que je n'ai pu le toucher mais qui a éclaté en sanglots lorsque je suis repartie. Et puis Habibata, polio, qui a rampé sur la terre battue pour aller me chercher un tabouret qu'elle a rapidement essuyé pour enlever la poussière.

         Et aussi la petite fille de 2 ans qui dormait dans la fraîcheur du petit matin abandonnée avec un sac contenant ses affaires sur le chemin de Marceline, la bonne d'Odile. Marceline était bouleversée et nous sommes rapidement reparties toutes les trois pour la recueillir mais quelqu'un l'avait déjà fait! Nous avons osé espérer qu'elle a été prise en charge par l'aide sociale...

         Et puis Sankoumi, qui a lui aussi éclaté en sanglots pour me dire qu'il n'avait pas de parents, qu'il ne les connaitrait jamais; j'ai appris qu'on lui a fabriqué un état-civil abracadabrant depuis peu, car comme beaucoup d'enfants qui naissent dans les concessions, il n'avait pas été déclaré. Je n'ose imaginer comment se passera sa découverte de cette mascarade! Car, apprendre à lire et à écrire ça peut servir à prendre connaissance de cela aussi.

        
 Et j'ai quitté aussi cette bande de « toubabs » qui a partagé mes émotions durant ce mois écoulé. Je cite donc Sophie, Carsten, Odile, Caroline, Julien, Jeff, Yann, Clara et Roel. Ils sont les témoins de cette misère qui nous entraîne à continuer à ne pas désespérer. Ils ont le cœur écarlate et l'amour des autres, comme j'aime ; ce fut un réconfort, parfois de partager et d'unir nos actions. Je n'oublie pas Michael, l'américain qui est rentré trop tôt fêter Noël en famille, mais c'est sûr il va revenir. Je garderai un souvenir lumineux, de cette séance de ciné en plein air le 24 Décembre, pour les enfants du quartier.

 Nous nous sommes bien organisés et j'entends encore les cris de joie des enfants, c'était la fête!!!

         Et puis je suis reconnaissante à mes amis ouagalais de m'aider dans la transition entre mes deux vies, même si encore Ouaga étale sa pauvreté en dehors de quelques quartiers scandaleusement riches.

         Je reviens à cette vie persuadée qu'il reste encore tant à faire, ici, bien sûr mais là-bas où tant de volonté et de créativité sont laminées par le dénuement. Je garde précieusement la lettre de Karim, le petit menuisier à qui j'ai commandé des étagères pour AED.

Il a travaillé sans relâche pour les livrer à la date convenue, après avoir transporté les planches sur une charrette à âne. Il s'est installé chez Bouba, le gardien de Sophie et Carsten pour être proche du local. Il n'a quasiment pas d'outils et un simple vélo mais il a envie de travailler. Il n'en revient pas encore de cette super commande et de la confiance que je lui ai accordée; c'est une première pour lui, si modeste.

Des photos viendront illustrer tout ça, bien sûr, mais ce sera sûrement plus fade que la réalité...

         Donc, merci à vous tous d'avoir suivi ce périple, je vous souhaite d'aussi riches aventures à votre tour.

 

Bonne Année 2006 à tous.

  Marie-Claude

  « L'autre est né. L'autre nous-même ; l'autre en nous, l'autre et le même ; l'autre qui diffère, l'autre qui interroge, l'autre qui dérange, l'autre qui apaise, l ‘autre qui console, le proche et le lointain »         

                                                                                                                 Eloge de l'Altérité

                                                                                  Marie-Rose MORO



Publié à 11:21, le 24/06/2008,
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Mon voyage au Burkina Faso Décembre 2003 à Janvier 2004


Jeudi  18 Décembre  

        Arrivée à Ouaga accueillie  par  Christine, Aurélien, Dorian, mon filleul, Laura, anthropologue et Urbain Yaméogo mon contact de MAIA-OUAGA.

L'avion ayant presque trois heures de retard, les filles du Planning Familial n'ont pu attendre, je ne les verrai pas ici, au Burkina.

 Il est tard, je me couche très vite à l'hôtel.

 

Vendredi  19 /12 

A 11 heures, rencontre avec MAIA Ouaga ou nous discutons de leur projet (intéressant) Je m'engage à les aider,  si le projet qu'ils doivent rédiger est approuvé par MAIA -France. A 13 h 30, Départ de Christine pour Bobo. Dîner avec Aurélien et pot (tard dans la nuit) avec Sylvie la présidente d'AED.

     

Samedi  20/ 12  

Je boucle mon bagage allégé de quelques paquets  et pars pour Bobo avec le bus : la clim ne marche plus, la route pourtant refaite depuis peu est complètement défoncée, bref cinq  heures et demi de route et un peu de fatigue !.....

Installation dans la maison d'Odile, à 22 heures, on va manger du poulet braisé à Mobylette tous les 3 avec Dorian  on  crève un pneu ,  il se fait tard mais on a faim (23 heures passées)  

    

Dimanche  21 /12

 Ce Dimanche on se repose un peu autour d'un repas que je prépare chez Odile après des courses chez le libanais. Visite de Jacques Sanogo le secrétaire général d'AED psycho socio anthropo.. ...mon vieux complice de projets (enfants de la rue, prisonniers mineurs ....) Discussions d'anciens combattants et rigolades !!

     

 Lundi   22 /12  

Première visite au siège d'AED . Découverte de  l‘équipe et des locaux, premières rencontre avec des femmes et leurs enfants. Premières photos.

 

       Préparation du repas communautaire

 

Mardi  23/ 12  

Visite à l’hôpital. Rencontre professionnelle avec Adrien le médecin- chef infectiologue et ami aussi. Rencontre avec Zézouma Sanou  psychiatre- chef de l’ HP et remplaçant souvent le Directeur Général de l’hôpital. Ils sont tous les deux partie prenante du projet de prise en charge psychosociale du couple mère-enfant séropositif, car ils sont bien placés pour en mesurer la pertinence ; ce sont aussi d’excellents conseillers techniques qui ont leur mot à dire dans les demandes de financement. 

Visite à la maternité où Edwige réunit les femmes qui attendent la consultation en faisant de l ‘info et de la sensibilisation. 

Rencontre avec le professeur Dao,  gynéco-obstétricien  qui soutient aussi le projet.

Rencontre ensuite avec le chef de pédiatrie, le docteur Nacro qui accepte la présence

d’AED au sein du service en la personne de Fatoumata (au Centre de Réhabilitation et de Re-nutrition des Nourrissons).

Retour au siège avec l’équipe et quelques femmes et enfants dont Laetitia à parrainer en priorité elle est orpheline, infectée elle- même et se paie le luxe d’être troisième de sa classe.

Photos. il y a aussi Aminata, ce bébé de 13 mois qui ne pèse pas 5 kilos et dont le regard m’en rappelle d’autres, ceux  des bébés qui vont mourir. Je suis  si triste !…La mère le sent, elle est angoissée mais que dire ….Nous la retrouverons demain à l’ hôpital …

Ce jour là on a mangé peu et tard mais comme c’est le quotidien de Christine, je n ‘ai  rien à dire….et à vrai dire plus très faim !

    

Mercredi  24/ 12  

Nous allons à la banque avec Fatoumata la trésorière pour changer tous les euros il y a un monde fou (veille de Noel) c’est la bousculade .Retour à l ‘ hôpital et grande discussion sur l ‘ importance de ce projet avec Adrien .

Heureusement Sylvie la présidente a eu la bonne idée de nous inviter ce soir car on n’a pensé à rien (trop crevées et préoccupées) .

    

Jeudi  25 Décembre 

Michel le gentil cuisinier d ‘ Odile que je connais de longue date avait fait les courses pour le repas  d’aujourd’hui, je n ‘ ai donc qu’ à me lever pas trop tard pour préparer les quatre pintades et le ragoût de légumes qui va avec…. C ‘est le menu de Noel avec une salade. Nous avons invité Zézouma, Adrien, Sylvie, Clémentine et la fidèle Nah, secrétaire d’ Odile. Nous sommes  heureux d’être ensemble pour cette trêve de Noel .L’ après- midi quelques visites d’amis qui ont appris que j’étais là.

 

Vendredi 26/ 12 

Hôpital encore !! Puis l’après –midi visite des constructions de Maia Bobo avec la présidente Aminata : c’est grand et apparemment il y a beaucoup de projets avec beaucoup de partenaires qui apporteraient de l’aide et beaucoup d’argent. Je suis très  contente de voir enfin la concrétisation de notre aide pour cette plus toute jeune association.

Je reviens vite à la maison car nous devons préparer la 1ere grande réunion d’AED pour le lendemain.

     

Samedi  27/ 12

A 9 heures, la grande réunion réunit plus de trente femmes et une dizaine d’enfants. Chacun se présente et je suis touchée par la présence d’une femme visiblement très fatiguée mais qui prend la parole avec beaucoup de force et de volonté. Les objectifs généraux sont rappelés par Sylvie, Christine insiste sur la nécessité du don bénévole pour faire avancer la cause, j ‘essaie de la soutenir dans ce sens. Nécessité de se coordonner avec les médecins. Que chacun de sa place prenne ses responsabilités : les multiples discussions avec les partenaires médicaux aident bien à clarifier les choses !!!!

L’originalité de ce projet c’est le travail en réseau (pas chacun pour soi) Une réunion de bureau suivra où j’exposerai nos propositions d’aide. Nous n’avons même pas bu une goutte d’eau durant tout ce temps. !!

    A 17 heures 30 je dois déménager : un ami acceptera de venir en voiture. C’est plus pratique que sur la Mobylette !!!

     

Dimanche 28 /12  

Dans ma nouvelle maison je vis une vraie journée africaine avec le défilé des visiteurs qui sont aussi des amis pour la plupart. Le type qui vit dans le petit studio à côté (un français) devient fou, il ne comprend pas, lui qui ne reçoit comme noir que sa petite copine et qui passe son temps à engueuler les autres (noirs) qui sont là pour garder la maison (des blancs chasseurs) et pour l‘entretenir un peu...


 Lundi 29 /12   

Hôpital, Maternité Guimbi, Centre d’action sociale, siège, courses, téléphone à Philippe et Jean- Marie qui nous apprennent  que le garage est toujours plein !!!!!!

A  l‘ hôpital rencontre avec une cinéaste qui veut faire quelque chose sur le Sida. Christine nous laisse, appelée d’urgence. Elle revient bouleversée : un garçon de 12 ans orphelin porteur du VIH, les deux poumons pris par la tuberculose, est accompagné par  son grand’ père  un peu  affolé. Il est dans un état de détresse respiratoire angoissant .Elle fait le nécessaire pour l’évacuer sur la capitale.

 Nous essayons de rentrer manger un peu et nous reposer. L ‘après- midi ne nous épargnera pas : une grand mère et une tante arrivent  avec des jumeaux de 2 ans dont les parents sont décédés. Les petits sont déprimés, la tante aussi, qui habite si loin et ne peut relayer sa mère, âgée et fatiguée. De plus dans la cour familiale tout le monde est infecté !!!!  Sauf la «vieille ».

Christine intervient, nous avec, on les envoie en pédiatrie, on leur donne de la nourriture, des vêtements, Christine conseille à la grand’ mère de venir  régulièrement  avec les enfants pour qu’ils puissent jouer avec les autres et avec des jeux (d’ où l’importance du container que nous voulons envoyer) On espère qu’elles n’arriveront pas à la solution d’ orphelinat qu’ elles envisagent dans leur désespoir.

Le soir, grosse fatigue, il sera dur d’oublier tout ça !!! On va manger du capitaine grillé avec Nah, Sylvie et Delphine, la cinéaste. Sommes un peu KO de cette journée !

    

 Mardi 30/ 12  

Hôpital encore pour  discuter partenariat et pertinence du projet avec le patron de pédiatrie qui doit appuyer une demande de financement. Il est donc indispensable d’être d’ accord sur les formulations et les orientations.

     

Mercredi 31 /12/ 2003  

 Nous sommes retournées à l’hôpital puis au siège et sur le coup de 18 heures nous allons chez le libanais faire quelques courses pour le repas de demain. Nous y rencontrons tout Bobo y compris le gentil juge qui donne un coup de main à Christine pour les problèmes juridiques à démêler.

 Le soir nous allons paresseusement manger des brochettes en attendant minuit, les pétards et quelques maigres feux d’artifice. A 1heure nous nous couchons bien fatiguées.

 Jeudi  1er Janvier 2004

Petite fête intime arrosée d’un peu de vin, exceptionnellement.

 Ainsi a continué le séjour, avec les rencontres et l’écoute de toute cette urgence, mais aussi dans l’admiration de toute cette bonne volonté, cette mobilisation des  femmes et de quelques hommes, très efficaces aussi.

Et le rire qui revient après les pires moments parce que «  ça va aller, ça ira »   comme ils disent. J’ai retrouvé cette force vitale qui empêche de s’effondrer et remet la vie au centre de tout l’humain.

      

 Le retour

Est un peu rude, voyage en bus de nuit ce Dimanche  4 Janvier.

Arrivée à 4 heures du matin le 5, et j’ai un rendez-vous à 11 heures  avec MAIA Ouaga qui a bien bossé et me présente un projet sympa .

 Quelques courses de dernière minute à Mobylette et puis convocation à 21 heures à l’aéroport, enregistrement terminé vers minuit (ça fait long avec tous les bagages à traîner dans l’interminable file !)

 Heureusement un jeune montpelliérain sympa, juste devant moi dans la file d’attente a proposé de prendre à son compte mon excédent de bagages.

 La suite je la résume : brochettes à 1 heure du matin, re- attente  3 heures durant debout en salle d ‘embarquement et enfin décollage à 5 heures du matin. J ‘ai eu du bol, récupéré tous mes bagages et n’ai eu que 10 minutes à attendre mon TGV. Heureusement que Philippe a eu la merveilleuse idée de venir me chercher à la gare, je suis tellement crevée que je n’aurais même pas pensé à le demander !!

Super voyage, complété par des photos suppléments de souvenirs.

Et maintenant, au boulot, il faut des sous pour AED !!!

     

 
    A Montpellier ce Dimanche 18 Janvier2004 où j’avais tellement besoin de revivre ça avec vous tous.

                                                            Marie -Claude Sya

  


    «  C’est le propre des grands voyageurs que de ramener tout autre chose que ce qu’ils allaient chercher »

 
    «  Toutes les manières de voir le monde sont bonnes, pourvu qu’on en revienne »

  
       Nicolas BOUVIER       «  L’usage du monde »

 



Publié à 10:23, le 17/06/2008,
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