coeur de sya

MON SEJOUR A BOBO 2005-2006

18 Décembre 2005

                                 ARRIVEE A BOBO

 Chers tous,  

                            Me revoilà ici, dans la poussière, la misère et la joie de vivre, musique et sourires garantis à toute heure....Je retrouve mes couleurs, mes odeurs, ceux que j'aime et d'autres encore; mes maitres à vivre, tous ceux qui nous apprennent encore et encore la valeur suprême de la vie, même si elle est altérée par cette pauvreté qui semble souvent impossible à solutionner.

                            Ce matin je suis allée à la consultation de l'hôpital de jour de mon ami Adrien (pour la prise en charge du VIH). Et j'ai encore appris de ce jeune couple de paysans qui n'a RIEN, ils sont venus de 15 km sur la Mobylette qu'on leur a prêtée et devaient refaire le chemin en sens inverse, elle à peine avec ses 35 kg et lui avec ses forces qui s'amenuisent et qui limitent les travaux dans les champs, seules sources de revenus. Ils n'ont qu'un seul enfant et savent que pour l'instant, l'urgence c'est la survie et ils y croient, ils font confiance... Mais il faut attendre les ARV, et la machine pour l'analyse de sang est encore en panne à l'hôpital!!

                            Auparavant j'ai été accueillie par Sophie et Carsten en pleine forme; nous avons « fait » Ouaga une journée avant de filer sur Bobo. C'est toujours comme ça, Bobo nous attire comme un aimant et surtout ce n'est pas une capitale mais une ville très africaine, et puis nous avons tant à y faire !!!

                            J'ai, bien sûr, filé à AED dès le lendemain, et rencontré les femmes  et les enfants qui viennent en soutien scolaire. Samedi, j'ai assisté au groupe de parole des femmes sous ARV, il est animé par la belle Halimata et Koroba.... Au moins 25 femmes qui partagent leur expérience, essaient de perfectionner leurs connaissances, les enfants toujours proches et une grande bouffée solidaire....

                           Une visite solennelle en fin de matinée du Lion's Club qui fait un don en nature: riz, savon, eau de javel etc... Nous avons eu droit aux discours, j'ai pris des photos des femmes et des enfants qui se disputaient pour poser!

                            La semaine dernière a été surtout consacrée à la comptabilité, mais cette semaine je vais essayer de faire le point sur les filleuls pour leurs parrains et me mettrai en contact avec Aminata Diallo pour Maïa Bobo, elle sera en vacances.

                              Merci à tous ceux qui m'ont envoyé messages et textos, bises à tous


                                                                                           

30 Décembre 2005                                              

AU SIEGE 

                        Matinée au siège d'AED; ça jacasse dans tous les coins, les enfants sont dans la cour pour l'alphabétisation et le soutien scolaire. Les femmes préparent le tô à la farine de mil pour midi ; il récompensera chaque enfant de son effort (ils viennent souvent à pied, de loin). Ce matin aussi distribution de maïs, de mil, de savon, d'huile, tout ça permettra de vivre moins misérablement. Les femmes repartent sur la mobylette avec leur gros sac. Les voix sont fortes, le dialogue permanent, dans ce pays de tradition orale.

                           

Je ne parlerai pas tout de suite de Juliette, désespérée, qui voulait me donner sa petite fille de 4 mois, nous essayons de la soutenir; ni de Cécile qui a perdu son bébé la nuit de Noël, j'ai su ça  cette nuit.... Enfin, j'en ai finalement parlé, ça fait du bien de partager les émotions.

Bon, j'arrête là mon propos, je ne sais plus rien du monde, mais ici, c'est tout un monde.

                        Meilleurs voeux à tous.

                                                                                           Marie-Claude


12 janvier 2006

RETOUR

 Il fallait bien la quitter cette ville, c'est toujours pareil Je me suis donc

embarquée dans le bus, et en route pour 5h et demi de route pour faire les 350 km....

         La route file, elle se déroule comme un cordon qui me guide à travers la terre rougeâtre, déjà marquée par la sécheresse, parsemée d'arbres tous plus majestueux les uns que les autres, et mon regard se perd dans ce paysage, je me confonds dans cette nature aride et familière, je n'existe que par elle.

 Et je sème ça et là des pensées, évocations de tous ceux que j'ai côtoyés, en particulier, les enfants: Abdoulaye qui vit misérablement avec sa grand'mère, puisqu'il na plus de parents il est à la limite de la dénutrition, il a fini pourtant par faire un très beau dessin pour sa marraine quand j'ai pu lui faire comprendre mon intérêt pour lui-même (manque d'habitude, sûrement)

Maïmouna, orpheline aussi et son beau sourire ; Emmanuel, orphelin adopté et tellement marqué par son abandon que je n'ai pu le toucher mais qui a éclaté en sanglots lorsque je suis repartie. Et puis Habibata, polio, qui a rampé sur la terre battue pour aller me chercher un tabouret qu'elle a rapidement essuyé pour enlever la poussière.

         Et aussi la petite fille de 2 ans qui dormait dans la fraîcheur du petit matin abandonnée avec un sac contenant ses affaires sur le chemin de Marceline, la bonne d'Odile. Marceline était bouleversée et nous sommes rapidement reparties toutes les trois pour la recueillir mais quelqu'un l'avait déjà fait! Nous avons osé espérer qu'elle a été prise en charge par l'aide sociale...

         Et puis Sankoumi, qui a lui aussi éclaté en sanglots pour me dire qu'il n'avait pas de parents, qu'il ne les connaitrait jamais; j'ai appris qu'on lui a fabriqué un état-civil abracadabrant depuis peu, car comme beaucoup d'enfants qui naissent dans les concessions, il n'avait pas été déclaré. Je n'ose imaginer comment se passera sa découverte de cette mascarade! Car, apprendre à lire et à écrire ça peut servir à prendre connaissance de cela aussi.

        
 Et j'ai quitté aussi cette bande de « toubabs » qui a partagé mes émotions durant ce mois écoulé. Je cite donc Sophie, Carsten, Odile, Caroline, Julien, Jeff, Yann, Clara et Roel. Ils sont les témoins de cette misère qui nous entraîne à continuer à ne pas désespérer. Ils ont le cœur écarlate et l'amour des autres, comme j'aime ; ce fut un réconfort, parfois de partager et d'unir nos actions. Je n'oublie pas Michael, l'américain qui est rentré trop tôt fêter Noël en famille, mais c'est sûr il va revenir. Je garderai un souvenir lumineux, de cette séance de ciné en plein air le 24 Décembre, pour les enfants du quartier.

 Nous nous sommes bien organisés et j'entends encore les cris de joie des enfants, c'était la fête!!!

         Et puis je suis reconnaissante à mes amis ouagalais de m'aider dans la transition entre mes deux vies, même si encore Ouaga étale sa pauvreté en dehors de quelques quartiers scandaleusement riches.

         Je reviens à cette vie persuadée qu'il reste encore tant à faire, ici, bien sûr mais là-bas où tant de volonté et de créativité sont laminées par le dénuement. Je garde précieusement la lettre de Karim, le petit menuisier à qui j'ai commandé des étagères pour AED.

Il a travaillé sans relâche pour les livrer à la date convenue, après avoir transporté les planches sur une charrette à âne. Il s'est installé chez Bouba, le gardien de Sophie et Carsten pour être proche du local. Il n'a quasiment pas d'outils et un simple vélo mais il a envie de travailler. Il n'en revient pas encore de cette super commande et de la confiance que je lui ai accordée; c'est une première pour lui, si modeste.

Des photos viendront illustrer tout ça, bien sûr, mais ce sera sûrement plus fade que la réalité...

         Donc, merci à vous tous d'avoir suivi ce périple, je vous souhaite d'aussi riches aventures à votre tour.

 

Bonne Année 2006 à tous.

  Marie-Claude

  « L'autre est né. L'autre nous-même ; l'autre en nous, l'autre et le même ; l'autre qui diffère, l'autre qui interroge, l'autre qui dérange, l'autre qui apaise, l ‘autre qui console, le proche et le lointain »         

                                                                                                                 Eloge de l'Altérité

                                                                                  Marie-Rose MORO


Publié à 11:21, le 24/06/2008,
Mots clefs : toubabsiègebobopoussiere
.. Lien


{ Page précédente } { Page 7 sur 8 } { Page suivante }

Qui suis-je ?

Accueil
Qui suis-je ?
Mon itinéraire
Livre d'or
Archives
Amis
Album photos

Où suis-je actuellement ?






Rubriques


Derniers articles

Mon séjour au Burkina de Novembre 2009 à Janvier 2010
SEJOUR A BOBO NOVEMBRE-DECEMBRE 2008
MON SEJOUR A BOBO 2007-2008
SUITE ET FIN DE CE SEJOUR
SUITE

Menu

http://www.maia.asso.fr
enfin l'afrique
blog d'Hyriva
blog la grande perse (Iran)

Amis