coeur de sya

MON SEJOUR A BOBO 2007-2008


Bonjour à tous,

Bien sûr que je suis arrivée à Ouaga dans une bouffée d'harmattan teintée de rouge latérite.... Et bien sûr que le flot de mes souvenirs, ininterrompu, est revenu m'habiter ; encore une fois me voici chez moi !!! Le séjour, en compagnie de l'équipe de mousquetaires que nous formons (nous sommes 4), a duré quelques 20 heures dans la capitale avec visite chez l'ambassadeur en prime. Tout s'est passé comme un éclair, et la route sur Bobo a commencé dès Lundi 14 heures, dans la cabine un peu exigüe d'un 4X4 -camionnette. Le paysage a défilé, mais nous étions aussi occupés à discuter, à « expliquer » le Burkina à travers son paysage, et j'ai « manqué » des morceaux, mais je reconnectais au fur et à mesure qu'on s'approchait du but. L'arrivée sur Bobo est toujours pour moi, un instant jubilatoire, cette fois-ci ce ne fut pas différent.

Et puis la semaine folle a commencé, à la fois dans l'enceinte de « L'auberge »,( notre hôtel avec piscine s'il vous plait !!) qui fut le haut lieu des rencontres stratégiques, mais aussi dans la journée nous passions de longues heures à bosser pour la formation dans l'enceinte du Centre de transfusion, bien à l'abri pour dispenser nos enseignements..... Je me sentais à ce moment coupée de tout et de tous, concentrée uniquement sur les raisons de cette première semaine de séjour et du souci de leur efficacité...Enfin ça a semblé positif, y compris la dernière soirée de fête, avec les filles d'AED qui avaient préparé un repas local, montrant ainsi à tous leur formidable dynamisme, puis un petit groupe de musique et danse traditionnels envoyé par Sékou ; tout ceci a donné un petit ton typiquement burkinabè apprécié tant par les français que par les sénégalais, les nigériens et les maliens présents à la formation.

 

 Le Dimanche matin, j'ai quitté « l'auberge » avec Christine, bien fébrile, surtout que la sortie en coup de vent à la mare aux silures sacrés m'avait bien épuisée (surtout à cause de mon genou douloureux). Me voici alitée, fiévreuse, épuisée, dormante, cassée sans appétit et sans énergie. Quel drôle de début de séjour !!!.Je n'ai encore rien vu quasiment, sauf la jolie maison neuve de Christine qui, elle est à Ouaga depuis Dimanche. Abdoulaye, en ami dévoué est accouru avec son attirail pour m'ausculter, et il m'a mise d'office sous antibiotique et traitement curatif antipaludéen ; il faut dire que j'ai une fièvre de cheval qui n'a pas cédé depuis.

Dans ma chambre m'arrivent les rumeurs des fortes voix africaines expulsant des poitrines de l'air si goulûment inhalé ; arrivent aussi les senteurs multiples, entêtantes dont celles des feux allumés dans tout le voisinage pour la préparation des plats. La fête de Tabaski, cette année, je me suis contentée de la vivre de l'intérieur, les clameurs, les tam-tam m'ont aidée à partager l'allégresse générale, même que j'ai réussi en sortant devant le portail à voir quelques enfants vêtus de superbes pagnes cousus neufs, et d'admirer les tresses artistiques perlées, rubanées, ourlées, des fillettes du voisinage.. Quelques piécettes glissées dans les mains des enfants ont fini de m'associer malgré tout à cette belle fête D'autant que les voisins ont envoyé des plats contenant les mets de circonstance, selon la coutume, pour partager avec leurs amis chrétiens cet important moment.

A l'inverse, il en sera de même pour les chrétiens à Noel. C'est pas beau, ça ??.

Et maintenant que je commence à retrouver mes esprits, enfin je crois, je réalise que nous sommes à la veille du mariage de Jacques, le secrétaire d'AED, il a lieu demain matin à 11 heures à la mairie de Konsa. Le mariage traditionnel a déjà eu lieu, quant au mariage religieux.... Elle est musulmane et lui catholique, alors pour l'instant les deux premiers
suffiront!

Heureusement, à la demande de Christine, j'avais eu le temps d'acheter les dragées, les filles vont finir de les mettre en petit panier dans du tulle pour distribuer aux invités. Il faudra maintenant faire laver la voiture pour la décorer ce soir tard et ménager la surprise pour les mariés ; je vais essayer, malgré ma grande fatigue, de me rendre un peu utile pour la réussite de cette grande occasion. Nous avons eu tellement peur de ne pas le marier notre Jacques !!!

LE MARIAGE

Finalement, le mariage a eu lieu.... Le matin, à 7 heures, Jacques, le marié, m'a demandé par téléphone, d'écrire un petit texte à lire publiquement. Je n'ai pas pu refuser, et à  9 heures, mon texte était fin prêt ; ce fut facile, nous avons tellement de souvenirs communs, avec Christine aussi !

J'ai attendu très longtemps qu'on vienne me chercher, et de toute manière, Christine, arrivée de Ouaga à l'heure après un sérieux accident sur la route, « poireautait » au salon de coiffure car la mariée n'était pas prête et c'est elle qui devait la conduire ;  il était 11h 30 et le mariage était prévu pour 11 heures. Finalement, elle est venue me chercher plus tard et nous sommes arrivées à midi pile à la sortie de la mairie, le temps de féliciter les mariés, de faire la photo officielle, et de foncer en cortège vers la «cour » familiale où nous attendait la suite.

Un haut-vent dressé dehors permettait au surplus d'invités qui ne pouvaient rentrer dans la cour de trouver place ; nous, nous étions à l'intérieur, près de la table d'honneur et j'ai dû lire mon petit texte qui a ému le marié « sorte de Don Quichotte  burkinabè » ainsi que je le désigne. Nous avons bu, mangé (moi un peu, je n'ai pas très faim depuis ma maladie) les quantités de viande étaient impressionnantes ; en pays sahélien, pourtant pauvre c'est le moins que l'on puisse faire pour une occasion pareille. Le groupe de musiciens traditionnels que j'avais embauché pour la circonstance m'a appelé pour ouvrir le bal. Ce ne fut pas difficile, j'adore la musique mandingue, je menais le groupe des femmes, à leur grande surprise !! Puis les mariés sont arrivés, et la fête a battu son plein ; ici, on mange, on boit, on danse, on fait le « show » sans problème ni souci du regard d'autrui. C'est bien agréable et ça donne encore plus de sens à la « vraie vie ».

Ensuite j'ai dû faire le chauffeur des mariés, c'est l'usage de quitter la fête pour partir se reposer un peu. Nous sommes passés en « grande famille », saluer la grand'mère de la mariée et prendre la photo avec tous les enfants et les gens de la cour ; il faut faire des prodiges pour réussir le portrait de cette foule enthousiaste, je suis donc devenue photographe officielle pour la circonstance !


Je crois que les mariés étaient plus que satisfaits de cette journée, et nous, nous avons eu l'honneur de nous balader deux jours durant dans une voiture décorée de rubans couleur des  dragées, enrubannée, ornée de fleurs en papier aux initiales des tourtereaux. Nous étions inratables dans Bobo !!

 Noël

        La fête est vite arrivée ; Christine à fond dans sa lutte contre le VIH et moi pas encore au mieux de ma forme, nous n'avions guère anticipé. Finalement, nous avons opté pour une cuisine « mixte ». Moi j'ai fait un grand plat de saucisses fumées avec choux et pommes de terre (les choux sont délicieux ici et les pommes de terre un produit de luxe) et Mariam, la petite bonne avait préparé du poulet (pour les musulmans, c'était mieux) avec des boites de petits pois carottes de chez le libanais (ça aussi c'est très prisé car cher et rare ici). Les boissons coulaient à flot, surtout les sucreries et un peu la bière, et la maison ne désemplissait pas ; nous avons dû servir une quarantaine de personnes au minimum, mais sûr que c'est plus !!

        Et puis, nous avons eu droit à un spectacle, avec théâtre, acrobaties, marionnettes à fil, donné par une troupe créée par des anciens enfants de la rue dont nous nous sommes occupés il y a plus de dix ans. Quelle émotion de les voir devenus des hommes et que de souvenirs....

Tout le quartier a pu venir et se régaler de ce divertissement.

Voilà, un vrai Noël d'ici, malgré les pères Noël gonflables et les guirlandes clignotantes chez tous les marchands du coin de la rue. Il reste les jolies crèches en terre devant les maisons des chrétiens, et ce partage de  nourriture où l'on se doit de combler tout visiteur qui débarque pour partager la bonne parole.

 La veille au soir nous avions eu droit à la musique entrainante, gaie et rythmée de percussions de l'église voisine égayés des « youyous » de la foule en délire qui accueillait l'arrivée du petit Jésus avec un enthousiasme qui me laisse admirative.... Inimaginable dans une église en France, non ? On comprend pourquoi ici la messe commence à 21 heures et peut finir à 1 heure du matin !!!!!!


Dernier Dimanche

        Ce Dimanche, 30 Décembre est le dernier de l'année 2007. Tala, le comédien, ex-enfant de la rue est venu me chercher pour me faire visiter Dioulassoba, la vieille ville, qui s'étend face à la mosquée de style saoudien datant de la fin du XIXème siècle. Nous partons de la maison et hélons un taxi qui, comme tous les taxis d'ici est un défi à la logique mécanique, sans oublier le pied-de-nez à tous les carrossiers de France et de Navarre....Au passage nous récupérons Toupè, un autre ancien de la rue, et nous commençons la visite que je n'ai pas refaite depuis plus de 11 ans. Tala, en vrai Bobo est un bon guide, et nous arpentons les ruelles bordées d'habitations traditionnelles où, mais  oui c'est vrai, vivent des gens, jeunes et vieux !! Le quartier animiste nous montre la place, fichée d'un totem, où viennent s'exposer les difficultés des uns ou des autres, et où se font les sacrifices en vue d'apprivoiser les esprits...A côté, la « maison de la justice », où trônent dans deux angles les fétiches qui prononcent leurs sentences, est occupée aujourd'hui par des enfants qui jouant aux grands. Nous visitons ensuite le quartier musulman, le quartier des griots, celui des forgerons, qui attisent leur feu et frappent avec ardeur le fer rougi, puis, celui plus calme des tisserands dont la boutique expose des bogolans (nous sommes proches du Mali ici).Nous arrivons au marigot qui laisse serpenter une eau couleur gris anthracite qui me donne la nausée. Et là, nous apercevons les silures sacrés qui avalent goulûment le pain que nous leur jetons, ce qui veut dire que nous aurons la chance. Nous ressortons enfin et longeons la voie jusqu'au coin des potières où s'entassent des vases et récipients de toute forme mais dont la couleur brune, est unie unique et plaisante à l'œil.

Puis nous traversons et retrouvons Ali, l'enfant terrible de la rue, dont je parle dans une de mes nouvelles. Ali, très ému, me serre fort dans ses bras. En nous remémorant la maladie de son père nous calculons qu'il avait neuf ans au moment des faits, enfant perdu à l'hôpital, au chevet d'un père gravement malade et sans argent pour payer son médicament. Son géniteur est encore en vie, j'en suis si contente....il m'explique fièrement que c'est lui, seul garçon de la famille, qui assure la fourniture des médicaments pour son « vieux ». Il me montre fièrement la petite boutique d'instruments de musique qu'il exploite à plusieurs, et qu'il joue du balafon, du djembé et de la kora. Il lui arrive de se rendre en France pour quelque tournée qui rapporte à Dieu sait qui, mais sûrement pas à lui !! Un billet glissé dans sa main doit l'aider à payer la une partie de la moitié du renouvellement de son passeport pur sa future tournée européenne. Le montant total représente le salaire d'un modeste ouvrier, chez nous ça serait donc plus de 500€ ! La visite se termine, nous rejoignons le boulevard en nous promettant de nous revoir bientôt. Un taxi un peu plus pimpant que le précédent mais aux bruits inquiétants de cardan en fin de vie me ramène à la maison.

 Je vous ai épargné les drames, les décès par accident ou autre, ils ont été si nombreux depuis le début de mon séjour ; mais c'est le quotidien ici, on s'y fait car c'est la vie aussi. Donc, de cérémonies en funérailles nous n'avons pas encore prévu notre veillée de la Saint Sylvestre, mais c'est l'Afrique, ici, et le temps n'a pas de prise sur nous, non ? Alors....Bonne fête à vous tous, je vous dirai la suite, promis.


Jour de l'an

Finalement, cette fin d'année s'est passée comme dans rêve. Nous avons invité une bande de jeunes de la MAS (maison des associations de lutte contre le sida), plus les sœurs de Christine et enfin quelques amis proches. Nous avons commandé des nems et du canard sauvage à Aidarra, le cuisinier de l'ex voisin d'Odile, et n'avons pas lésiné sur les boissons. L'ambiance fut bonne, les vœux de Nouvel An chaleureux, et pour finir nous nous sommes couchés autour de 3 heures trente du matin, ce qui est très raisonnable.

La journée du premier s'est passée à recevoir salutations et vœux sans discontinuer, au service de chaque visiteur pour offrir des boissons variées ; le soir j'étais plus fatiguée qu'après une grosse journée de travail. Le 2 ça a continué, c'est fou ce que les africains sont conformistes, engoncés dans les usages de politesse, regardants sur les règles sociales et attachés aux cérémonies. Les deuils prennent une ampleur démesurée et Christine et ses sœurs ont  passé un temps incroyable en funérailles et condoléances de leur cousin décédé tragiquement sur la route de Ouaga....Le 3, fête du soulèvement populaire, en 1960 était encore jour chômé ; cette période concurrence le mois de Mai en France.

La reprise

Enfin, le 4, nous avons pu reprendre à AED et décider ainsi de la date de l'arbre de Noel au cours de laquelle seront remis les cadeaux aux enfants, par conséquent aux filleuls dont les parrains m'ont remis un paquet ou une enveloppe ; pour les autres l'association complètera avec des vêtements donnés, en espérant qu'il y en aura assez pour tous.

L'ambiance d'AED est revenue, les enfants rentrés, les femmes présentes pour les dons de lait et autres requêtes, les quelques kilos de riz rincés, prêts à cuire les cuisinières et éplucheuses à leur poste, et chacun vaque à ses occupations. Nous projetons nos efforts vers Samedi, l'arbre de Noel, qui sera un temps fort de l'association.

L'autre matin, avec Aminata, je me suis rendue dans un village peul, soutenu par Maïa-Bobo. Ces peuls, venus de tous les pays alentour, ont installé un joli  village, sous des manguiers et des eucalyptus, avec des jolies cases rondes organisées en petites cous familiales. L'école, construite seulement depuis deux ans, n'offre pour l'instant que Deux classes dont une sera animée par Aminata, l'ancienne  filleule de Katherine Roesberg, qui, devenue institutrice grâce à l'aide des deux Maïa, a décidé d'aider les enfants à son tour. Ici, beaucoup de filles seront scolarisées, contrairement aux usages de l'ethnie peul... Une nuée d'enfants se précipite sur le véhicule dont j'ai du mal à m'extraire. Les photos, obligatoires, sont prises dans les classes, et nous sortons nous entretenir avec  les responsables. Plus loin, dehors, un enfant nous émeut beaucoup : il est sale, le cuir chevelu couvert de terre et de teigne. Visiblement dénutri, il est craintif, apeuré, cherchant désespérément à attacher autour de lui les haillons qui le couvrent difficilement.


On nous explique que les parents sont divorcés, la mère est partie, et ce sont souvent les enfants (ils sont six, tous restés avec le père) qui essaient de préparer quelque maigre nourriture. Un billet opportunément glissé dans la main de l'instituteur va permettre de soigner sa teigne, et d'acheter quelques vêtements dans un premier temps. Je propose à  Aminata de le mettre sur la liste des  parrainages .Depuis, j'y pense souvent, surtout que les photos prises sur place viennent ranimer les souvenirs.

Arrivée
Et puis, Claude est arrivée. Nous sommes allées loger dans une maison très sympa que nous a prêtée l'association Maïa-Bobo en la personne d'Aminata. Notre emploi du temps fut, comme d'habitude, très fourni, entre les visites à AED, à Maïa, et pour moi à l'hôpital où diverses commandes de prestations de service m'attendaient. Les découvertes et étonnements de Claude m'ont obligée à me remémorer mes propres découvertes, il y a une bonne dizaine d'années. Nos soirées se sont écoulées  au rythme des sorties dans les maquis, de bières bues avec les uns et les autres, des brochettes de filet savoureusement assaisonnées. Nous avons passé une soirée chez Anatou et Marc qui ont ouvert une cave « Carpe Diem » où nous avons bu du bon vin. Ce sont des montpelliérains qui tentent courageusement de s'installer à Bobo d'où est originaire Anatou. Mais nous les reverrons sûrement à Montpellier.

  Tala, donc, ex enfant de la rue, essaie de constituer une troupe de théâtre avec des « enfants » un peu perdus il le fut ; il est venu nous régaler à AED pour l'arbre de Noel avec les exhibitions de clowns à échasses, de marionnettes à fil, et des chants. Des présents ont été distribués à chacun, les enfants dont les parrains ont donné des cadeaux étant privilégiés par rapport à ceux qui ont reçu des vêtements de la fripe pour essayer d'équilibrer ; chacun était content, la fête était réussie et la joie au rendez-vous. Ici on apprend très tôt à se contenter de peu, ce qui est mieux que rien... Claude a assuré en grande partie le reportage photographique de ce jour, il faut dire que j'avais pris un peu d'avance avant son arrivée.

Emploi du temps

Nous avons eu aussi des emplois du temps séparés selon nos priorités. Claude a pu assister à une matinée de classe CE2 ; ici l'école commence à 7h30. Pendant ce temps je suis allée à l'hôpital psychiatrique pour la grande visite hebdomadaire, celle où on présente tous les cas. Ainsi, la première patiente présentée était une femme délirante dont l'état ne lui permettait pas de quitter son lit. C'est son père, un typique petit peul avec boubou et chapeau qui vient rendre compte de son état ; on prescrit un traitement car elle semble dans un état respiratoire difficile. Le peul va rapidement se procurer les drogues à une pharmacie voisine, il passe me remettre la monnaie du billet donné et .... un quart d'heure plus tard environ, une femme vient appeler une infirmière, puis on entend des sanglots, la malade vient de décéder !!! Le médecin ordonne d'évacuer le corps à la morgue de l'hôpital (qui se trouve loin de la psychiatrie), tandis que nous continuons la visite en recevant les malades délirants qui dialoguent avec les génies, le colosse limité intellectuellement qui supporte en bavant le traitement de cheval qu'on lui administre pour qu'il évite désormais de tuer des personnes en leur écrasant la tête (il l'a déjà fait deux fois), tandis que la paranoïa du suivant me permet de constater qu'un africain peut renier sa famille, celle qui a comploté pour le tuer et le dépouiller des biens qu'il a lui-même dilapidés pour boire, fumer et consommer des substances plus excitantes encore !!! Cette matinée est forte en émotions et riche en enseignements, tant sur le sens de la vie et la mort que sur ma capacité à m'adapter à ces situations.
Je retrouve ma Claude qui, patiemment, m'a attendue sous un gros arbre car ce midi-là il fait très chaud. Elle aussi a vécu une matinée intense aux côtés de sa collègue instit mais je pense qu'elle vous contera tout ça de vive-voix.


Artisanat et départ

Et toujours dans nos emplois du temps séparés, à la fin du séjour, tandis que je dispense une formation à la demande de l'hôpital de jour, Claude va au marché compléter les achats d'artisanat. Mais soyons rassurés, nous avons déjà acquis, entre autres, de superbes cages à poule en vannerie dont elle rêvait depuis longtemps !! Nous les avons trouvées au bord du boulevard de l'Indépendance, alors que par précaution j'en avais commandé à Véronique, la cousine d'Irénée, à Banfora. Cela nous vaudra un départ épique dans le bus pour Ouaga ; pas possible de passer inaperçues. Nous partons de la maison sur les chapeaux de roue car vu le volume de nos bagages, il nous faut deux voitures. Je pars avec Christine, alors que Claude attend Aminata. Nous arrivons à peu près à l'heure et attendons l'autre véhicule qui  n'arrive que quelques minutes avant le départ, Aminata s'étant trompée de gare ; les coffres du bus sont pleins et le placement des cages à poule relève de l'héroïsme !! Je voyage donc avec  Claude, que j'ai bien cru avoir perdue, et c'est très bien, puisque nous devons remettre son cadeau à Mohamed Guira, le filleul de son fils avec qui nous avons rendez-vous à Borromo.

 

A Ouaga
Notre arrivée à Ouaga est sympa ; Aurélien vient nous chercher à la gare, mais, malgré la vastitude du coffre de sa 505 Peugeot de vingt cinq ans d'âge, Claude doit prendre un taxi, pour cause d'excédent de bagages, heureusement l'hôtel est tout près. Ce soir-là, tous les trois, nous nous offrons un bon repas au « Verdoyant », anniversaire de Claude oblige. Le vendredi, le défilé des amis est habituel, c'est difficile, on a peu de temps, je ne les ai pas tous appelés. Le samedi matin nous complétons les achats d'artisanat, et l'après-midi nous nous rendons au pré-enregistrement pour les bagages, histoire de se tranquilliser par rapport au poids. Ouf !! Nous passons juste.

 Nous revenons à l'hôtel, et j'ai encore à vivre  un moment d'émotion. A l'instant de rentrer dans la chambre, je suis interpellée par une gamine qui m'approche, et je crois qu'elle veut me vendre quelque chose ; je comprends finalement qu'elle veut me donner son bébé, que je devine alors sous le châle, dans son dos. Je dois alors parlementer avec elle, aidée par un monsieur qui traduit en mooré, c'est plus facile. Elle dit qu'avec moi son aura plus de chance dans la vie. Je tente de  lui expliquer qu'un bébé ça ne se donne pas comme ça, qu'elle peut aller à l'action sociale, qu'il y a  des démarches à faire. Elle n'a pas quinze ans, son bébé est  proprement recouvert d'un joli châle brodé ;elle est accompagnée d'une fille un peu plus âgée et d'un garçon plus jeune, son frère et sa sœur, je présume. Ils sont graves et attentifs, à ce que je dis, silencieux. Le monsieur leur indique où se trouve l'action sociale, elle demande si elle peut y aller tout de suite. Nous  lui disons que c'est trop tard, d'attendre demain matin. Elle est perdue, dépassée, et moi  je me sens révoltée dans ce pays où les petites filles qui  se font engrosser  ne trouvent pas de soutien, ont  leur vie gâchée ainsi que celle de leur enfant. Et je ne suis même pas sure que l'action sociale l'aidera correctement. Richard, mon ami pharmacien est stupéfait de ce récit, mais il est vrai qu'il n'est pas blanc, donc moins synonyme de chance...pour un bébé déjà en détresse. Ce n'est pas la première fois que ça m'arrive, mais c'est la première fois qu'une presque enfant me supplie.

  Le départ 

 Nous quittons l'hôtel avec Richard, flanquées de l'éternel Benoît, pour retrouver Aurélien à l'aéroport. Je peux vérifier pour la nième fois la bonne organisation de l'embarquement avec l'attente interminable, le zèle pas toujours efficace des employés au sol, et d'ailleurs j'y perds Claude, qui, fouillée plus que de raison par la sécurité, disparaît de ma vue. Elle finit par me rejoindre dans l'avion juste un peu avant le décollage !!

La prise d'air de notre Boeing, justement, pèse sur mon cœur, comme à chaque fois que je quitte le sol de latérite du Burkina. Mais j'y reviendrai, c'est sûr, je ne peux pas penser autrement.

 Et puis, le survol de la mer dans le soleil levant à l'atterrissage à Montpellier, me remémore les promesses de retrouvailles avec ceux qui me sont chers, et adoucit tendrement ma nostalgie. C'est ici aussi que je vis depuis ma naissance et que j'ai construit cette vie. Et oui, les va et vient, comme les vagues de la mer de mon enfance, ça me va plutôt bien finalement !


 

« N'est-ce pas le paradoxe de notre culture qu'en devenant maîtresse de l'espace, elle soit devenue esclave du temps ? En Afrique, on se sent à cet égard moins maître et moins esclave. Si, toutefois, on parvient à s'évader de soi-même. »      


Amin Maalouf « Le premier siècle après Béatrice »


        

 

 


                                 

 

 


Publié à 10:42, le 15/07/2008,
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