coeur de sya

SEJOUR A BOBO NOVEMBRE-DECEMBRE 2008

 Premier épisode

  Ce 20 Novembre :

L'harmattan s'est mis à souffler ce matin, la saison change....

La poussière va commencer à nous envelopper, elle va s'insinuer, s'immiscer dans nos vies, nul ne peut l'éviter, elle rougeoie dans les foyers, sur les peaux, elle semble nourrir les êtres et les végétaux ; c'est ainsi, depuis treize années, je la retrouve, c'est ma complice, je crois qu'elle me rassure. Pourtant, elle oblige chacun à la combattre pour ne pas se laisser envahir ; il faut frotter, torchonner, laver, se laver pour émerger, se sentir vivant et victorieux.

Elle révèle la pauvreté de ceux qui peinent à acheter du savon, à avoir de l'eau dans leurs bidons qu'ils transportent depuis les pompes à eau installées dans les quartiers pauvres. Ici, ce n'est pas qu'on ne se lave pas, c'est que chaque action de propreté est une épreuve, un exercice compliqué et coûteux, on souffre sans le savoir parce qu'on n'a pas le temps d'y penser, il faut survivre...


Ce 21 Novembre :

         Ce matin, au siège, Mahi était énervée ; en arrivant je l'entendais, elle et ses compagnes les conseillères palabrer de leurs voix fortement incarnées. Elle m'a alors expliqué son découragement d'avoir appris que l'ado infecté dont elle s'occupe et pour lequel elle est  souvent allée assister à sa prise de médicaments ne prenait plus son traitement : il a maigri, elle s'inquiète, elle qui lutte si courageusement contre sa propre infection pour aussi aider les autres.... Je l'ai rassuré comme j'ai pu, essayé de trouver les mots pour illustrer ce passage difficile à l'adolescence qui s'illustre tellement souvent au décours de cette maladie. Bon, la pression est un peu retombée et nous devons reprendre ça lors d'une causerie...

Et puis, après quelques mèls urgents, voilà que la connexion internet s'est interrompue, les dépanneurs potentiels n'étant pas à leur poste, j'ai aidé  Jacques à peaufiner le discours du 1er Décembre, journée internationale du SIDA, dans le gouvernorat, peut-être par le gouverneur lui-même ? On ne sait pas, mais on  l'a terminé ensemble !!

 

         La triste nouvelle est arrivée ce matin. Mahin, ma sœur iranienne s'est éteinte après avoir lutté durant six ans et demi contre son cancer. La tristesse ne peut se décrire, elle est infinie, même dans ce pays où pourtant la mort rôde à chaque tournant. J'ai partagé ça avec mes enfants là-bas, en France, par téléphone et par texto, et avec Christine ici ; et aujourd'hui il m'a semblé que le soleil brillait moins fort que les autres jours.

Ce Dimanche passé avait été une de ces journées tellement remplie...Le matin, rendez-vous avec l'association  « Musow jigisime » Espoir Cancers Féminins ; puis au sortir de la réunion, visite à Aïcha, présidente fondatrice de cette association, alitée et bien abattue par la récidive de son cancer qui gagne inexorablement.

Enfin, Solange, avec qui je me déplaçais depuis le matin a fait une brève incursion au baptême de la petite Julie, la fille d'Adrien, puis elle m'a faussé compagnie pourcause d'emploi du temps surchargé J'ai donc profité pleinement de ce baptême à l'africaine, découvrant le nourrisson de trois mois, qui  passait placidement dans les bras des vieilles, regroupées sur des tapis dans le salon tandis que nous, tous les autres invités occupions des sièges dans la cour, sous l'ombrage des manguiers. La musique faisait rage dans cette cour, mélangeant les genres de musiques traditionnelles et vieux succès des années 70. Le papa était heureux, lui le vieux célibataire endurci qui désespérait tout le monde de ne pas se marier un jour. Le voici père de deux jolis enfants, Son fils Maxime monté sur pile durant toute la fête, aussi excité tandis que sa petite sœur faisait preuve  d'une placidité surprenante.

Vendredi soir nous avions visité la parcelle de terrain quasiment acquise par AED grâce à notre aide, et si elle nous a semblé éloignée, nous avons pu constater qu'elle se trouve dans un quartier en plein développement, non loin de l'hôpital pédiatrique, de l'université, et d'un centre de santé communautaire de secteur. Il manque encore des actes signés par la mairie qui libèreront enfin la procédure interminable mais nécessaire pour que de mauvaises surprises  de voir surgir d'un coin de brousse des propriétaires potentiels disparus ou ignorés depuis des lustres, soit évitée. Car, comme le disait un illustre africain,  « les blancs ont la montre, alors que nous nous avons le temps », et ici cela se vérifie tous les jours.


















Ce mercredi 26 Novembre :        

         Me voici avec Christine à la MAS, « Maison des Associations de lutte contre le Sida » Une certaine activité y règne pour préparer le 1er Décembre, la journée internationale. Un grand défilé est prévu, et nous pensons nous y associer.

Christine, elle, fraichement rentrée de Paris sera à Dakar pour une conférence dont il est inutile que je précise le thème.....

Jeudi 27 du même mois :

         Aujourd'hui c'était la journée des enfants à AED. Le rituel est le même : trois groupes d'âge pris en charge dans la cour, activités d'éveil pour les petits, tentative de soutien scolaire pour les plus grands. Tenues vestimentaires plus ou moins en état pour tous, et frimousses à craquer pour la plupart .Thérèse, en charge du groupe des tout-petits est folle de joie ; elle m'entraine dans le local pour me montrer le petit carton de jeux pour ses loupiots,,qu'ont apporté les jeunes québécois en visite ce matin. Nous nous réjouissons ensemble de cette bonne aubaine, et revenons dans la cour où elle préside au lavage des mains des enfants : un seau d'eau savonneuse avoisinant un seau d'eau claire pour le rinçage, le tout avant de recevoir le rituel repas communautaire qu'on mange avec les doigts. Aujourd'hui c'est du « to » sauce « feuilles ».

 Et puis ce soir j'ai fait la connaissance de Minata, la filleule de Mireille, fraichement inscrite à l'Université grâce au parrainage -bien augmenté- de sa marraine. Minata est fine, charmante dans son uniforme bleu marine et beige, et elle me raconte sans se faire prier son long périple besogneux jusqu'à l'obtention de son bac, contre l'avis de son père, traditionnel dans l'âme mais incapable de subvenir au moindre des besoins de ses enfants. Elle me parle aussi de sa mère, séparée de son mari après un mariage forcé qui lui a donné cinq enfants et qu'elle a dû élever tant bien que mal après la rupture. Elle a soutenu et encouragé sa fille tant qu'elle a pu dans ses études, mais Minata a dû travailler pour survivre depuis la sixième. Elle parle de miracle, concernant sa rencontre avec Christine, à une époque où elle était désespérée de ne pouvoir poursuivre sa route, et de la reconnaissance vis-à-vis de sa marraine qui lui permet de poursuivre ses études envers et contre tout.

C'est encore un de ces moments où il devient évident que nous devons continuer nos actions, Minata et d'autres encore en sont la preuve vivante.

 

Vendredi 28 Npvembre :

         Hier soir nous avons fait un dîner aux chandelles à la maison, avec les enfants, Christine repart aujourd'hui pour Dakar. Elle avait invité Clarisse, une petite rwandaise en stage à la « tripano » de Bobo. Clarisse, future vétérinaire, fréquente la prestigieuse école vétérinaire de Dakar qui reçoit des étudiants d'une vingtaine de pays africains. Elle le dit elle-même, c'est une superbe école de vie, ça ouvre l'esprit de découvrir autant de différences  culturelles. Elle est vive, enjouée et nous avons longuement parlé de la culture rwandaise si particulière. Et puis bien sûr du génocide rwandais qui a laissé tellement de stigmates. Quelle famille  a été épargnée ?? Nostalgie, je songe à Mahin et à son pays victime aussi de la bêtise et la cupidité dont, non plus, les pays occidentaux ne sont pas exempts...ni innocents......



 Et puis ce matin, je suis passée à AED où Oho, telle une petite souris active et silencieuse était en train de cueillir les plans de feuilles devant servir à la préparation des repas . Ici, la nourriture rassure, certains seront protégés de la malnutrition, du moins tant que dureront ces actions solidaires...



  EN PASSANT PAR BOBO DIOULASSO 2ème partie

  Le 1er Décembre :

         Nous avons défilé ce matin pour cette journée internationale. Le cortège partait de l'espace devant la belle gare de style saoudien, il remontait la voie pour rejoindre le gouvernorat, sur l'avenue du général de Gaulle en passant par la place de la Nation. Ils étaient venus nombreux, avec leurs banderoles, toutes les associations avec leurs tee shirts portant logos et slogans pour la lutte contre la vilaine maladie  J'ai rapidement retrouvé le groupe d'AED qui m'a immédiatement absorbée ; nous avons chantés et dansé tout du long ; des chansons d'espoir, des invocations à la vie. Notre groupe était le plus animé, le plus vivant. Je retrouvais ça et là des connaissances perdues de vue depuis certains temps, c'était bon.


Nous avons terminé au rythme de la fanfare militaire, et avons dû nous mettre en rang pour entrer dans le parc de la résidence. La plupart de mes compagnons de marche se sont mis  à avancer en cadence militaire. Même à l'arrêt ils mimaient le pas mécanique et discipliné...un relent de colonialisme qui m'a  à peine amusée et plutôt attristée. Et puis il y a eu les indispensables discours sur le perron de la maison du gouverneur.....

  Mais la nature a repris le dessus et nous nous sommes ensuite rendus à la MAS (Maison des Associations de lutte contre le Sida), et la musique a fait rage (à l'habitude) tandis qu'on nous servait des bassines de riz délicieux et bien gras, à manger avec la main (droite, comme il se doit) le tout agrémenté d'une boisson fraiche : Coca, Fanta orange, bière, Sprite, au choix.

 

Le 2 Décembre :

         Après une pause avec sieste bien gagnée (je n'avais dormi que 4 heures la nuit précédente), hier je suis retournée à la MAS en fin d'après-midi. Là, une grande soirée culturelle nous attendait. Nous avons eu droit à de la musique traditionnelle, du théâtre, des contes, des chanteurs multiples: variété, rap, chant traditionnel, le tout sur le thème du VIH ; les problématiques de la désinformation, de l'exclusion, la négligence de protection (« oubli de la capote), le drame dans les familles où arrivent, avec la maladie, les grossesses non désirées. Quasiment tous les thèmes  ont été abordés. De véritables odes à la vie ont été interprétées, un long poème chanté et déclamé sur le thème de la solitude en fin de vie d'un porteur du VIH a remporté beaucoup de succès.

Tout au long des prestations, des préservatifs furent distribués, jetés à la volée dans l'assistance nombreuse et plutôt jeune venue assister au « show ». Le tout s'est passé dans une ambiance exceptionnelle, avec une aisance et un naturel qui rendaient faciles des évocations plus intimes de la maladie. En matière de sensibilisation et de prévention, je persiste à dire que nous, les occidentaux, nous avons des maitres, ici, en Afrique...On ne peut pas être le meilleur partout n'est-ce pas ??

Ce matin, au café, avec Antoine, mon ami éducateur de rue, nous avons décidé d'aider Mariam, la petite bonne de Christine, à déclarer son bébé à l'état civil. Mariam vit dans un milieu misérable et le père de l'enfant refuse de le reconnaitre. Le petit Joël, 4mois maintenant n'a toujours pas d'existence légale. Il semble que la Croix Rouge a décidé d'aider les nombreuses mères dans ce cas ,à régulariser la situation  Et du même coup Antoine va nous procurer des feuilles d'une plante qui doit soigner la vilaine maladie de peau que nous avons découverte sur la tête de Mariam quand elle a enlevé le bonnet qui recouvrait sa tignasse  depuis mon arrivée...

Voilà un début de journée ordinaire.

 Maintenant je dois foncer à l'hôpital où Alexis, l'anesthésiste vient de me donner rendez-vous pour programmer une projection-débat sur un de mes films concernant la fin de vie et l'éthique.

 

13 Décembre, il est très tard :

         Les journées se succèdent, remplies de mille et une petites choses, et surtout de rencontres, visites impromptues de personnes qui passent pour saluer « c'était un simple bonjour-bonsoir ». Trois petits mots et puis s'en vont...Pour la Tabaski nous sommes parties, Sylvie, Maryse et moi avec les enfants pour la cascade de Banfora. C'est un endroit merveilleusement reposant et rafraichissant dans ce pays plutôt sec. Les plantations de canne à sucre et les bananeraies évoquent déjà la Côte d'Ivoire foisonnante toute proche. Nous avons traversé la zone de la « SOSUCO », société sucrière du Burkina ; on y longe un chemin qui parait goudronné, tant la mélasse, déversée lors du transport de la canne à sucre, s'amalgame à la terre latéritique. Notre pique-nique se composait d'ignames bouillis accompagnés d'une sauce tomate pimentée à souhait, et d'une gourde d'eau fraiche. Nous y avons rencontré un groupe de commerçants libanais, venus là-haut avec le barbecue et le narguilé. J'ai pu ainsi, là-haut, au fin fond du Burkina, fumer à la pipe à eau du tabac à la pomme, tout en devisant sur les problèmes du Moyen Orient avec le responsable  du marketing, fraichement arrivé à Bobo. Le monde, notre monde, n'est vraiment pas si grand, je continue à le penser.

Nous sommes rentrées de cette escapade, remplies d'énergie et de bien-être. Au retour, le bord des routes s'étaient remplis de villageois sortant au coucher du soleil dans leurs atours de fête après une journée passée à boire et à manger les uns chez les autres.

Caroline est arrivée le 9, après avoir espéré vainement un bus de  Ouaga le jour de la fameuse fête musulmane que chacun s'empresse de fêter, même quand il n'est pas de la religion. Christine est arrivée de Dakar au bus suivant crevée, un jour avant sa date prévue de retour. Du coup, la maison s'est remplie à nouveau et les enfants semblent vraiment heureux

Finalement, pour le 11 Décembre, jour de la fête de l'Indépendance (les indépendances africaines se sont passées autour de ces jours-là de Décembre en 1960) nous en avons profité pour nous reposer, discuter, se tresser, et aussi beaucoup rire de tout et de rien. C'est comme ça ici, on mange, on boit, on est ensemble, ça approche le bonheur.

 

Dimanche 14 Décembre :

         Hier la journée fut bien remplie, après une incursion à AED où de nombreuses femmes et enfants attendaient le repas communautaire, nous étions attendues chez Adrien, le patron de l'hôpital de Jour pour un repas en l'honneur de sa petite Julie, baptisée récemment. Auparavant j'avais dû aller avec la voiture de Christine récupérer Koroba et Thérèse qui avaient accompagné en urgence les jumeaux (j'en ai parlé dans mon journal de 2004) qui souffraient d'une forte fièvre. Nous avons dû ensuite gagner le quartier populeux où ils vivent, en subissant les rues défoncées après la saison des pluies. Puis je suis retournée à AED accompagner les filles avant de me rendre à mon invitation. Ensuite, nous sommes reparties à AED où nous attendait une petite cérémonie pour la remise de dons en nature : sucre, riz, maïs, pâtes, savon, par les « While Inner » autrement dit les épouses des rotariens. La cérémonie, bien que solennelle fut simple et remplie d'émotion, les enfants disciplinés et talentueux à souhait. Madame le Gouverneur nous a honorés de sa présence chaleureuse, pleine d'attentions pour les enfants ; nous avons appris depuis qu'elle a perdu son enfant unique, et avons mieux compris depuis l'émotion qu'elle donnait à voir ce jour-là. Un moment important pour tous.



Ce matin, Christine a cuisiné pour nous, et Caroline a pu ainsi goûter au « to » le plat traditionnel du Burkina, elle l'avait accompagné d'une sauce aux  gombos frais gluante et savoureuse à souhait. Caroline a bien aimé (c'est rare pour les blancs)  c'est un gage de bonne intégration. Auparavant nous étions allées auprès de l'association « Espoir Cancer Féminin » pour  une projection suivie d'un débat sur le thème qui m'est particulièrement cher, celui de l'accompagnement. Les deux Diallo Ami, présidente de Maïa et Ramata, ma consœur étaient présentes, et le débat fut assez constructif d'autant qu'Aïcha, la présidente-fondatrice est en train de se débattre contre une récidive très agressive de son cancer et que l'urgence d'organiser l'accueil des malades en fin de vie se révèle une réalité.


Après un passage au cyber où la connexion fut laborieuse, nous nous apprêtons à aller boire un verre avec Maryse rentrée de  Ouaga et bien décidée à se faire adopter par Bobo !!!



Mardi 16 Décembre :

         La matinée est bien entamée, inaugurée par le café partagé avec nos visiteurs successifs. Encore une fois, il n'y a pas d'école aujourd'hui, après ce lundi qui suivait une semaine « grévée » pour cause de fêtes successives et de risques de manifestations des jeunes pour la commémoration des dix ans de l'assassinat du journaliste Norbert Zongo. Le ciel boude ce matin dans sa grisaille mêlée de poussière. Un jour nouveau qui nous réserve, c'est sûr, son lot de surprises, joyeuses ou douloureuses, comme la vie !!!! L

a Noel commence à pointer son cortège de décorations vendues au « marché par terre » et chez le libanais où nous avons droit à « Petit papa Noel » à chacune de nos visites en approvisionnement .Mais cette année encore, malgré l'engouement pour cette fête, bien encouragé par la télé burkinabè et les pères Noel gonflables, le contexte est difficile et tout un chacun se demande s'il pourra assumer correctement la nourriture et la boisson pour la fête, et les cadeaux pour les enfants pour les moins misérables. En tout cas à AED c'est le jeudi 18 ; je vous conterai ça, promis !

«Le meilleur que l'on puisse ramener de voyage, c'est soi-même »      Proverbe persan

je me permettrai de rajouter: et le souvenir des autres, et surtout des enfants!!


  A BOBO Décembre 2008  3ème épisode

Dimanche 21 Décembre :

         Cette fête de Noel à AED fut la plus belle depuis la création de l'association. La matinée fut composée de spectacles divers avec une grosse partie des enfants bénéficiaires d'AED, leurs mères, grands-mères, les animatrices, des invités divers, tous installés sous une bâche et sur des chaises louées pour la circonstance. Nous avons eu la visite de la troupe de jeunes de l'Association Education Sans Frontières. Leur pièce de théâtre destinée à la sensibilisation et à la prévention du VIH dans les écoles a obtenu un franc succès auprès des enfants, même des plus petits !! Quant à leur prestation de danses et percussions, elle a bluffé tout le monde !!! Du talent, de l'énergie, de la joie de se produire chez des jeunes pourtant éprouvés aussi par la vie ; le bonheur a gagné l'assistance. Nous avons aussi eu droit à des sketchs des poèmes ou des chansons, interprétés par tout enfant qui le souhaitait ; une mine de talents en herbe en quelque sorte.


Ensuite, l'équipe d'AED, sous l'impulsion de Mahi nous a produit la fameuse chanson interprétée tout au long du film de Roel,  les chansons contre le SIDA et pour la vie ont continué et nous avons dansé toutes ensemble, face au public qui nous soutenait en tapant dans les mains. J'ai ensuite été invitée à représenter les partenaires d'AED dans un petit discours ; j'ai pu y relater le chemin parcouru aux côtés de Christine et nos réflexions et nos combats  qui ont donné naissance à AED. J'ai pu nommer alors tous les partenaires qui ont rejoint cette entreprise croissante. Enfin, l'assistance a eu droit à un très joli discours dit et écrit par les enfants. Ce fut un moment d'émotion !!

         La fête a continué avec quelques danses bien balancées où les enfants de tout âge, gagnés par l'ambiance, nous ont rejointes sur la piste. Le repas fut servi à la très nombreuse assistance (on pourrait parles de quelques 300 à 400 enfants, et  quelques 200 adultes approximativement). Des bassines de pâtes succulentes surmontées de viande de bœuf et de poulet ont été vidées avec un appétit féroce, à la main, par tout un chacun.

         La distribution de quelques modestes cadeaux dans les fameux sacs en plastique noir (vêtements à la fripe, jouets pour les plus petits, paquets de biscuits...) a contenté les quelques centaine d'enfants présents. Le soir, tout le monde était fatigué mais tellement heureux !!!

         Ce soir, nous rentrons des obsèques  du mari d'Alima. Le mercredi soir, veille de la fête, nous étions parties en catastrophe, Christine et moi aux Urgences de l'hôpital où il venait d'être admis. Nous le savions bien malade, et nous  l'avons trouvé épuisé, dans la salle  de six lits, très dégradée, sur un matelas éventré que le drap mauve apporté par le malade et son épouse dissimulait à peine. Nous avons accompagné une Alima éplorée à son domicile pour y récupérer un peu d'équipement destiné à améliorer le confort du malade. Nous sommes ensuite passées chez Christine prendre la soupe qu'Ami avait rapidement préparée, puis sommes reparties acheter les médicaments pour la perfusion. Ici, chacun doit se débrouiller, et tout fournir pour son malade, pas question de discuter le taux de remboursement de la sécu, il n'y a pas !!!Elle avait emporté bol et assiette pour servir la nourriture que les proches préparent au fur et à mesure. Nous sommes rentrées tard, la laissant un peu désemparée et surtout inquiète devant la gravité de l'état de son mari. Là encore, la sale maladie, compliquée d'une insuffisance rénale est en train de faire son œuvre. La dialyse possible est à Ouaga, le malade difficilement transportable, et le coût du traitement impossible à assumer par la famille qui vit aux crochets d'Alima dont le maigre salaire suffit à peine à loger et nourrir tout le monde.

  Hier matin Christine est entrée en catastrophe dans ma chambre ; Alima venait de l'appeler, son mari venait de décéder, il était 6h45, le défunt avait 42 ans. Christine est partie assister notre amie pour transporter le corps à la morgue de l'hôpital car elle était seule pour ça, puis elle est venue me récupérer et nous sommes parties au domicile du couple où une Alima effondrée se terrait sur une natte au coin du « salon », tandis que commençait à défiler la foule des proches et de la famille. Nous sommes restées là, des heures durant, puis l'avons aidée à s'allonger dans la chambre, lui donnant un petit sédatif pour soulager la vague d'angoisse et de colère qui la submergeait. Elle a tellement lutté pour assister son homme, tellement été seule dans ces derniers moments, si peu dormi, mangé tout en espérant démesurément une guérison impossible !

Ce dimanche matin nous sommes retournées à domicile, après être passées à l'hôpital où Christine a dû régler les formalités pour que le corps puisse quitter l'hôpital. Elle le dit elle-même, elle a fait ça tellement souvent, ici c'est le quotidien !! Nous avons regagné le domicile où le corps du défunt  est attendu ;la veuve  était entourée par une cohorte de femmes  se pressant dans le salon, serrées sur des nattes par terre, assises  sur des bancs et des chaises sur la terrasse et dans la cour, devant la maison, sous un auvent loué pour la circonstance. Les hommes se tiennent plus loin, souvent, moins familiers, moins proches de ces émotions qui montent dans les yeux et sur le visage des femmes. Une homélie un peu creuse, dite par un pasteur protestant sur le cercueil, précèdera le départ du long cortège, avec peu de voitures et beaucoup de Mobylettes. Le cimetière n'est pas très loin, vaste  champ non délimité où sont étalés des petites montagnes de latérite rouge, piquées ça et là d'écriteaux métalliques fichés dans la terre indiquant la date de naissance du défunt (s'il est un peu âgé, c'est souvent « environ » telle année), la date de son décès, et la paix à son âme demandée au ciel alors que la dépouille est laissée dans ce lieu non protégé. Souvent les écriteaux disparaissent, volés par des jeunes qui se font quatre sous en revendant le métal. Quelques familles plus privilégiées ont pu bâtir en dur un petit socle  qui permet à  la tombe de rester reconnaissable.

«  De mes yeux je suis l'esclave, lorsque, malgré leur noirceur,

Le compte de mes chagrins leur fait verser mille pleurs. »

                                                                           HAFEZ     poète persan

La pensée de Mahin, native de la grande Perse et inhumée il y a peu dans le grand cimetière de Téhéran est si proche de moi, en ce moment d'émotion ! La foule et ses obligations traditionnelles rappellent aussi ce contexte iranien; on ne vous laisse jamais tranquille avec votre chagrin dans ces pays où les usages sociaux ont gardé autant d'importance... La présence insistante des autres peut devenir obsédante, source de souffrance. Nous avons quitté la foule après que le pasteur ait déclaré officiellement la fin de la cérémonie en remerciant tout le monde. Nous étions revenues au domicile et le défilé commençait jusque dans la chambre de la veuve épuisée et douloureuse

 Heureusement, Alima ne recevra pas de visite cette nuit, et, peut-être est-elle en train de dormir en cet instant où je pense fort à elle, à sa souffrance, à sa force et à sa dignité.  Il est bientôt 3 heures de ce nouveau jour, la pensée de ces pertes m'a tenue éveillée. Je vais essayer de me recoucher. Tout à l'heure sera un autre jour et un programme bien calé m'attend à AED et ailleurs.

Mardi 30 Décembre, l'après Noël :

         Cette fin d'année est arrivée tellement vite !! Comme poussée par un souffle d'harmattan... Le jour de Noël à la maison fut vraiment une belle réussite. Nous étions à pied d'œuvre pour cuisiner dès le matin. Les trois foyers à bois ronflaient vaillamment  et je disposais de l'un d'entre eux pour préparer un couscous arabe d'une importance mémorable ! C'est toujours une surprise pour les africaines de voir une « mousso toubab »(femme blanche) se débrouiller plutôt bien avec la cuisine en marmite de fer étamé sur feu de bois... Quelques 2 kg et demi de semoule ont complété le plat de couscous, tandis que mes compagnes préparaient le riz au gras  

Des visiteurs du soir ont interrompu mon récit ; je voulais seulement dire que ce 25 Décembre fut une belle fête. Les invités ont commencé à arriver vers douze heures trente. Nous étions encore en pleine cuisine au-dessus de nos énormes marmites, en train de fumer comme on le fait  ici pour le poisson ou la viande sauvage !!! Nous avons fini par nous doucher et nous apprêter tandis que les invités familiers recevaient pour nous les moins familiers en leur offrant force boissons accompagnées d'olives, d'arachides, et de chips de bananes plantain. Pour le repas à proprement parler nous étions une bonne trentaine, avec les enfants. Chacun se régalait bien ostensiblement ; ici, pas de chichis et encore très peu d'anorexiques. Manger  est un plaisir, et boire autre chose que de l'eau un vrai luxe ! Tout au long de la journée nous avons servi nourriture et boissons à tous les visiteurs qui venaient nous saluer, le dernier est parti à vingt trois heures. Caroline a bien assuré à nos côtés et a pu vivre ainsi une fête à l'africaine !!!

 

Mercredi 31 Décembre :

         Ce matin j'ai été réveillée par des voix familières, des bruits furtifs, une sensation qu'il se passait quelque chose d'inhabituel... Lorsque je me suis levée j'ai constaté que le mouton attaché à l'arbre non loin de ma fenêtre avait disparu....il est mort en silence dans la fraîcheur du petit matin bobolais. J'ai compris qu'il y avait du sacrifice dans l'air, certainement pour de bonnes raisons familiales mais je n'ai pas posé de question, ça m'est devenu plutôt familier ce genre de pratique, j'ai pu y avoir recours moi aussi, ça fait partie pour moi des rites d'initiation, voire d'intégration. Une seule chose est sûre, nous mangerons du mouton à midi !!! Mais ça ne nous a pas empêché de préparer notre fête de ce soir. Christine a commandé du poulet, j'ai acheté des kilos de légumes pour préparer du riz au gras, chez le libanais j'ai pris du vin et des olives, j'ai commandé un kilo de pop corn  à Clémentine pour l'apéro, et les jeunes de la MAS sont venus installer la super méga sono pour qu'on puisse danser tout notre soul dans la grande cour boisée, désertée par son propriétaire, ce qui nous laisse une grande latitude pour prévoir la fiesta ; la vie n'est pas facile pour tout un chacun ici, mais toutes les occasions de la célébrer sont à saisir malgré tout. Nous ne nous en privons pas !



Retour en France :

         La nuit de la Saint Sylvestre fut belle, les invités nombreux. Parmi la soixantaine de personnes présentes, il y en avait plus d'une vingtaine qu'on ne connaissait pas. Il est courant, ici, dans ce pays, de voir débarquer pour les fêtes, des inconnus, bien à l'aise, qui mangent, boivent et dansent dans une très grande décontraction, ce fut le cas ! Il faut bien s'adapter, n'est-ce pas ? La fête fut belle malgré tout, avec les familiers de la cour, la famille, quelques bénévoles d'AED venus partager ce moment d'espoir pour l'année qui commence, les jeunes de la MAS, toujours prêts à vivre des bons moments avec leur présidente ( Christine). Heureusement, nous l'avons su le lendemain, les religieuses, nos voisines, avaient assisté à la messe de Nouvel An qui se terminait vers une heure et demi du matin. Donc, le temps de rentrer pour elles et de réveillonner, nous ne les avons sûrement pas gênées trop longtemps avec notre sono de dancing en plein air. Nous les avions complètement oubliées, nos religieuses, dans notre ardeur à organiser une belle fête !!!

         Le premier Janvier 2009 a vu défiler un nombre incalculable de visiteurs venus présenter leurs vœux. De nombreux membres d'AED de bénéficiaires adultes, flanqués de leurs enfants parrainés sont passés pour saluer et remercier...Et puis, nous avons eu droit à une pièce de théâtre jouée par une jeune association qui fait de la sensibilisation, surtout pour la prévention du paludisme ; les acteurs sont jeunes et enthousiastes. Christine les a encouragés, et nous avons glissé quelques billets comme on le fait pour les griots, car dans la pièce il y en avait un qui jouait ce  rôle ( de griot) de transmission de la parole et des messages.

         Et puis il m'a bien fallu quitter Bobo et tous ceux qui me sont chers... Le voyage en bus est toujours un temps de latence nécessaire, la traversée de 350 kilomètres en 5 heures et demi est un temps » thérapeutique ». Benoît (mon « garde du corps » connu de longue date, m'attendait à la gare. La soirée du samedi et la  journée du dimanche sont  passées si vite, entre visites des amis et derniers achats pour l'artisanat . Ensuite,  le 5 Janvier, ce fut la grande aventure, pour cause de neige en France, du décollage au petit matin dans le ciel ouagalais. Puis ce fut l'atterrissage, le 6, par moins 8 degrés à Roissy quand j'avais quitté Ouaga à 35, de la longue attente dans le froid et le jour glauque de l'aéroport, et enfin de l'atterrissage à la nuit tombée sur le sol languedocien. Si l'on ne veut pas vivre contretemps et incertitudes, il ne faut pas voyager, surtout en avion !!!!

                                                                                                                             

« Qui a connu l'ambiance

   De nos bals poussière

     Sait qu'il suffit

     D'une danse

  Et parfois d'un chant

     Pour qu'éclate

     Notre amour de la vie

  Comme une salve de rire »

 

          

             Kouam Tawa 

                                                                                                          

                                                              poète camerounais

  Merci à eux, là-bas, de me permettre de vivre depuis tant d'années, ces éclats  et ces salves de vie, en dépit de la dureté quotidienne que je partage souvent avec eux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié à 06:56, le 24/01/2009,
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